David Bowie en 1976 ©Getty - Michael Ochs Archives
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Photographe de David Bowie pendant 30 ans, Philippe Auliac raconte comment un morceau diffusé sur France Inter en 1972 a changé sa vie. De futur cheminot à témoin privilégié de l'icône du rock, il dévoile l'homme derrière la star.

Avec
  • Philippe Auliac, photographe

10 janvier 2026, il y a que 10 ans que David Bowie a disparu, emporté par un cancer du foie deux jours seulement après la sortie de son dernier album, Blackstar. Cet anniversaire est l’occasion de revenir sur le parcours de l’un des plus grands artistes du XXᵉ siècle, mais aussi sur l’homme derrière les multiples personnages qu’il a incarnés. Pour se faire, Philippe Auliac, photographe et témoin privilégié de la vie de Bowie de 1976 à 2003, est invité de cette émission spéciale David Bowie.

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Quand Philippe Auliac a 14 ans, il rêve de devenir conducteur de train. Puis, un vendredi de décembre 1972, France Inter fait tout basculer. José Artur diffuse dans son Pop Club un morceau d'un certain David Bowie. Le lendemain, le jeune homme enfourche son Solex, fonce chez le marchand de journaux et découvre la pochette d'album où Bowie apparaît en robe. Sa réaction ? "C'est la plus belle femme que j'ai jamais vue." Ses parents, eux, restent sans voix. Commence alors une histoire d'amour artistique qui durera trois décennies.

"Je ne voulais pas photographier la star, mais l'homme"

Philippe Auliac le revendique d'emblée : ce qui le fascinait chez Bowie, ce n'était pas son regard légendaire ni ses transformations visuelles spectaculaires, mais son humanisme. Le photographe refuse de tomber dans le piège du culte de la personnalité. Pour lui, la distinction est claire et fondamentale : "David Bowie n'existe pas. C'est un produit. Moi, je me suis intéressé à David Robert Jones." Cette approche, rare dans le monde du rock, explique pourquoi Auliac n'a jamais été déçu par son idole, contrairement au proverbe qui veut qu'il ne faille jamais rencontrer ceux qu'on admire. En dissociant systématiquement la construction artistique de l'être humain, il a pu développer une relation authentique avec l'artiste britannique.

Si Philippe Auliac devait ne garder qu'une seule photographie parmi les milliers qu'il a réalisées, ce serait celle de leur première rencontre à la gare Victoria de Londres. Un choix hautement symbolique pour celui qui étudiait pour devenir cheminot avant que Bowie ne change sa trajectoire. "Il a changé ma vie et m'a emmené sur une autre voie, ce qui pour un futur cheminot est quand même intéressant, d'aiguillages". Cette première image cristallise tout : le hasard, la destinée, et cette capacité qu'a eue Bowie de transformer les vies par sa simple existence artistique.

À écouter

La Masterclass "David Bowie" par Michka Assayas

Masterclass d'Inter

1h 49min

L'apprentissage obsessionnel d'un adolescent visionnaire

L'histoire de la formation de Philippe Auliac relève presque du roman d'apprentissage. À 14 ans, en découvrant un portrait de Bowie dans une revue, il ignore tout de la photographie : "Je n'avais aucune notion d'optique", avoue-t-il. Il ne connaît même pas l'existence du zoom et en conclut naïvement que si le photographe a pu prendre Bowie d'aussi près, c'est qu'il l'a forcément rencontré. Sa décision tombe comme un couperet : il ne veut pas être un simple fan, il veut devenir photographe pour rencontrer les rockstars.

Son parcours autodidacte est impressionnant. Pendant ses études de cheminot, il apprend la photo en parallèle, mais refuse de photographier "les vaches et la famille". Seules les rockstars l'intéressent. Il commence par reproduire des photos de magazines, puis convainc les maisons de disques parisiennes de lui confier leurs clichés originaux pour les dupliquer, une aubaine à une époque sans Internet. Mais le plus extraordinaire reste sa préparation avant le concert parisien de Bowie le 26 avril 1976. En mars, l'artiste sort son film L'homme qui venait d'ailleurs, à Londres. Philippe s'y rend et, du matin au soir pendant une semaine, photographie l'écran de cinéma pour "apprendre les mimiques de Bowie". Le personnel du cinéma finit par le prendre pour un fou. Pourtant, cette obsession méthodique portera ses fruits.

Le jour où tout a basculé : l'appel qui change une vie

Le 26 avril 1976 aurait dû être un jour ordinaire : Philippe avait ses places pour le concert de Bowie à Paris, prêt à photographier son idole depuis le public. Mais le destin en décide autrement. Ce jour-là, il reçoit un appel d'Arielle, qui travaille chez RCA. Elle lui demande s'il est libre pour partir une semaine faire des photos. Quand le jeune homme, prudent, demande de quoi il s'agit, la réponse le remet à sa place : "Écoute coco, on te demande pas ça. On te demande de répondre oui ou non." Sans savoir réellement ce qui l'attend, il répond oui. C'est le début de 30 ans aux côtés de l'une des plus grandes légendes du rock.

Pour en savoir plus, écoutez l'émission...

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