Philippe Geluck et Blanche Sabbah - Maxppp/Maxppp et Anna Margueritat / Hans Lucas/AFP
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À l’occasion de la journée spéciale BD sur France Inter, Philippe Geluck et Blanche Sabbah, auteurs respectifs de "L’origine du Chat" et de "La Bataille culturelle" évoquent leur rapport à l'engagement.

Avec
  • Philippe Geluck, dessinateur, créateur de la bande dessinée « Le Chat »
  • Blanche Sabbah, autrice de bande dessinée et activiste féministe

Transition écologique, lutte contre les stéréotypes sexistes, alerte contre les dérives autoritaristes : à travers le 9e art, Philippe Geluck, créateur du Chat, et l’autrice de bande dessinée féministe Blanche Sabbah affirment un engagement fort, chacun avec son style. Par leurs dessins, les mots de leurs personnages mais aussi leurs prises de parole dans les médias ou sur les réseaux sociaux, ils interrogent avec acuité les liens entre art et engagement. Zoom sur deux générations de la bande dessinée contemporaine qui allient réflexions politiques, regard critique et humour dans leurs albums. Entre parcours personnels, engagement politique et réflexions sur l'évolution du secteur, leur échange met en lumière les mutations profondes d'un art longtemps considéré comme mineur, aujourd'hui au cœur des débats culturels et sociétaux.

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À écouter

47 min

La BD, de la méfiance parentale à la reconnaissance culturelle

Les deux invités incarnent l'évolution spectaculaire du regard porté sur la bande dessinée. Philippe Geluck se souvient : "Mes parents regardaient la BD avec beaucoup de méfiance et me disaient que c'était pas de la lecture, c'était pas vraiment lire que de lire des BD. Ma mère n'a jamais compris comment on pouvait lire une image et un texte en même temps. Mais mon père m'a ouvert les yeux sur le dessin de presse : il avait des Hara-Kiri, il était passionné par Sempé, Chaval, Topor, Siné..." Un contraste saisissant avec le parcours de Blanche Sabbah, qui a découvert la BD grâce à la "grande collection" de son père et affirme : "J'ai vu que raconter des histoires comme ça, était ce qui me plaisait le plus."

Aujourd'hui, la BD représente 10% du chiffre d'affaires de l'industrie du livre en France et un livre sur cinq acheté. Le secteur s'est diversifié, des classiques Astérix et Tintin aux œuvres plus adultes, en passant par l'explosion des mangas. Blanche Sabbah note une progression vers la parité : "Il me semble que déjà vers 2022 on était presque à 50%" d'autrices. Cependant, elle nuance : "Elles ne sont pas autant mises en avant et elles sont souvent cantonnées à des genres qui sont à tort considérés comme subalternes comme la BD documentaire, ou la BD jeunesse ou petite enfance."

L'annulation d'Angoulême : un tournant pour le secteur

L'annulation du festival de la bande dessinée d'Angoulême 2025, le plus grand festival mondial consacré à la BD, a marqué les esprits. Cette décision fait suite au retrait des auteurs, éditeurs et financeurs publics, dans un contexte de manque de transparence et de mauvaise gestion des cas de violences sexistes et sexuelles.

Pour Blanche Sabbah, il s'agit d'un "sentiment de lutte sociale victorieuse et de replacement du rapport de force au bon endroit". Elle précise : "Quand les financeurs publics, les éditeurs et les auteurs-autrices se retirent, il n'y a pas de fumée sans feu, c'est qu'il y a des choses à se reprocher, il y a des revendications qui étaient connues depuis longtemps, depuis presque une dizaine d'années, qui étaient complètement ignorées." Philippe Geluck abonde dans son sens : "Je trouve que la décision est très sage, était attendue, et je trouve qu'elle est arrivée trop tard."

La BD comme outil d'engagement et de résistance

Les deux invités partagent une vision de la bande dessinée comme vecteur d'engagement. Pour Blanche Sabbah, autrice de La bataille culturelle, un essai contre l'extrême droite, "à chaque fois qu'il y a un régime autoritaire qui accède au pouvoir, il muselle les créateurs et les créatrices. Il fait interdire la presse libre, mais aussi les poètes, les artistes et tout ce qui produit de la pensée dissidente."

Philippe Geluck, dont Le Chat porte des messages écologiques et féministes, explique l'intérêt du dessin : "On peut lui faire dire des choses, après si on vous le reproche, vous lui dites : 'mais c'est pas moi qui l'ai dit, c'est lui'." Il ajoute néanmoins : "Je trouve qu'il faut garder cette distance. Si l'on se met à faire que du dessin militant, ça peut devenir un peu rasoir." Blanche Sabbah réplique avec malice : "Mon 'Mythes et Meufs', est censé être marrant quand même (...) pour moi on peut être très militant et très marrant, on n'est pas obligé de prendre sa distance avec le politique pour que ce soit drôle."

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