Lily Allen lors de la cérémonie des Fashion Awards au Royal Albert Hall de Londres, 1er décembre 2025 ©Getty - Mike Marsland/WireImage
Publicité

Lily Allen, Amber Park ou d'autres, ont sorti des albums qui n'ont pas reçu l'écho qu'ils méritaient. Sélection des albums qui auraient mérité un peu plus de lumière en 2025, par Michka Assayas.

Deuxième volet et nouveau tour d’horizon de ce que Michak Assayas appelle les oubliés de 2025. L’occasion d’éclairer des talents qui n’ont pas reçu, peut-être, toute la lumière qu’ils et elles méritent. Et elle, en particulier.

Publicité

Lily Allen, « West End Girl » album West End Girl

Une conversation téléphonique comme on en a eu vous et moi, au cours de laquelle votre amoureux ou amoureuse vous annonce des choses qui vous déçoivent et peut-être vous blessent et auxquelles vous ne savez pas trop quoi répondre. C’est ainsi que la chanteuse londonienne Lily Allen a choisi de conclure la chanson qui sert d’entrée en matière à son nouvel album, West End Girl. Son premier depuis 2018. Entre-temps, elle a vécu, sur le plan privé, des choses pas très heureuses. Depuis ses débuts, Lily Allen raconte sa vie en chanson, à la façon de certaines artistes comiques qui font des spectacles en solo. Sa franchise sans filtre, comme on dit, et sa féroce autodérision en ont fait un personnage très attachant.

Une démarche artistique et féministe pour Lily Allen

À quarante ans, Lily Allen, aujourd’hui, n’est pas que chanteuse. Elle est également une comédienne de théâtre. De plus, avec son amie Miquita Oliver, elle anime pour la radio de la BBC le podcast Miss Me ?, comme Je te manque ? . Lily et sa copine y racontent les hauts et les bas de leur vie de femme. Et font, apparemment, beaucoup de bien à beaucoup de femmes qui, quoique ultra-connectées à toutes sortes d’applis et réseaux sociaux, se sentent néanmoins déconnectées de leur vie, de leurs émotions. L’important, pour nous, c’est que Lily Allen est revenue à la musique.

Je rappelle brièvement son parcours. Il y a presque vingt ans déjà, en 2006, elle a connu un succès fulgurant grâce à des chansons à la couleur reggae ou antillaise en général, mais moderne, comme « Smile » ou « LDN », qu’elle interprétait d’une voix suave et faussement ingénue. Pour la citer, « des chansons jolies sur des choses qui ne le sont pas du tout ». Je vais le dire avec une franchise que, je pense, Lily Allen ne désavouerait pas : beaucoup de choses, dans sa vie, sont allées de travers, dès le début. Une scolarité désastreuse, un alcoolisme précoce, une tendance à la kleptomanie, un séjour en hôpital psychiatrique à l’adolescence, une tentative de suicide. Il y a des jeunes filles qui partent mieux dans la vie que Lily Allen. Et pourtant, malgré et aussi, peut-être, à cause de ces étapes catastrophiques, Lily Allen s’est accrochée à quelque chose pour ne pas sombrer. La musique. Il faut dire qu’elle avait dans son entourage de bons exemples : son parrain, c’était Joe Strummer, le chanteur de The Clash, et sa marraine, Tessa Pollitt, la bassiste des Slits, le premier groupe punk féminin de l’histoire. Le truc de Lily Allen, ça a été de raconter sur un ton souriant et allègre tout ce qui ne tournait pas rond dans sa vie : complexes divers, accoutumance au shopping, boulimie. Être une femme et rendre ses problèmes publics, de façon très cash.

À écouter aussi

Lily Allen, pour "Allright, Still"

Popopop

52 min

"West End Girl", messages personnels de Lily Allen

C’est ce que Lily Allen continue à faire, avec brio. Son nouvel album s’appelle West End Girl, comme la chanson qu’on vient d’entendre. Une fille du West End de Londres, sa ville, où elle est revenue après avoir quitté New York. Ça commence comme une comédie américaine à l’ancienne, un conte de fées. Mariée à un homme riche et célèbre, Lily et ses deux filles issues d’un premier mariage se retrouvent dans une sorte de palais à Brooklyn. Une maison entière à quatre étages. Elle est éblouie, jamais elle n’aurait pu s’offrir ça. Et puis elle reçoit un coup de téléphone : c’est son agent. Il lui dit : Lily, on te veut pour le rôle principal dans une pièce de théâtre à Londres. Et c’est là que les chose tournent mal : son mari, un comédien professionnel très connu, s’assombrit. Il lui dit à peu près : ne crois pas que ça se passe comme ça, il faut que tu passes une audition. Et elle lui répond : mais t’es dingue, ou quoi ? Et voilà, l’incompréhension s’installe, le ver est dans le fruit. Les chansons du nouvel album de Lily Allen racontent, de façon très explicite, son divorce avec le comédien américain, David Harbour, un des acteurs de la série bien connue Stranger Things. Et donc tout ce qu’elle raconte là-dedans, c’est sa vérité.

Elle a découvert que son mari la trompait avec une certaine Madeline, un personnage construit apparemment à partir de plusieurs femmes. Un soir, Madeline lui envoie un texto : « Votre mari m’a dit que vous étiez au courant de notre liaison et que vous étiez d’accord. S’il a menti, dites-le moi. ». C’est l’effondrement. "J’ai eu envie de mourir" dit Lily Allen.

Fidèle à elle-même, elle est arrivée à faire de cette épreuve des chansons qui sonnent, évidemment, très juste. Elle a enregistré cet album West End Girl, longuement préparé, en une quinzaine de jours dans un studio de Los Angeles avec, entre autres, deux jeunes collaborateurs, un homme et une femme, qui ont travaillé, notamment, avec la chanteuse anglaise Jorja Smith.

À écouter aussi

5 min

Amber Mark, « Sweet Serotonin » album Pretty

Voici une chanson dont je suis tombé amoureux à la première écoute. Elle est signée par une chanteuse dont j’ignorais tout, une certaine Amber Mark. Mi-jamaïcaine mi-allemande, elle a vécu une enfance nomade, entre la Floride, Miami et New York. Elle est aussi passée par le Tibet, où sa mère s’est initiée à la peinture sur soie. Amber a vécu un temps à Berlin avant de vivre et travailler à New York. J’ai été très sensible à la douceur un peu lasse de sa voix, puissante et sensible sans forcer, dans cette chanson au son soul rétro, qui s’appelle « Sweet Serotonin ».

La suite, s'écoute ici...

Playlist de l'émission :

Lily Allen, « West End Girl » album West End Girl 
Amber Park, « Sweet Serotonin » album Pretty Idea
The Sha La Das, « Stop Using My Love » single 
Nourished by Time, « Max Potential » album The Passionate Ones
Dijon, « Another Baby! » album Baby
FOLA, Kizz Daniel, « lost » album Catharsis
Sessa, « Nome de Deus » album Pequena Vertigem de Amor
Jerskin Fendrix, « Beth’s Farm » album Once Upon a Time… in Shropshire
These New Puritans, « The Old World » album Crooked Wing
Annahstasia, « Believer » album Tether

L'équipe

  • Écrivain, journaliste et critique rock
  • Vincent Godard
    Réalisation et mise en onde
pixel