David Bowie en concert en 1976 ©Getty - Ron Pownall Photography
Publicité

Première émission de la nouvelle année qui commence. Et première occasion, certainement pas la dernière, de célébrer quelqu’un qui nous a quittés il y a dix ans tout juste. Et dont la voix, la présence, la vision musicale ne nous ont jamais quittés.

C’était il y a un. demi-siècle tout juste, David Bowie chantait « Golden Years ». À qui adressait-il ces paroles réconfortantes ? Libre traduction. « J’en ai marre de t’entendre dire que la vie ne te mène nulle part, mon ange, allez viens, relève-toi, mon bébé, regarde le ciel, la vie a commencé, les nuits sont chaudes, la journée commence tout juste, allez, relève-toi, mon bébé ». Des années dorées t’attendent. Oui, à qui pouvait-il bien adresser ces mots ? Eh bien, inconsciemment, sans doute à lui-même. Enfin, c’est une interprétation possible. Quand il a enregistré cette chanson, à la fin de l’année 1975, David Bowie était au fond du trou. Comme le résumera le pianiste anglais Roy Young, un musicien qui l’accompagnerait plus tard, je le cite : « Bowie avait rêvé d’être célèbre, d’être le gars qu’on poursuit dans la rue, que tout le monde veut toucher et qui fait hurler les filles, mais quand ça lui est arrivé, ça l’a dégoûté. » Sans aucun doute, aux États-Unis, à New York puis à Los Angeles, Bowie est allé au bout de son rêve, devenir une rock star internationale, mais la désillusion est immense.

Publicité

Pour voir ce contenu, acceptez les cookies.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.
Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Au fond, qu’a-t-il récolté ? Sans doute un tube aux États-Unis, « Fame », début 1975, auquel a participé son nouvel ami John Lennon, mais celui-ci est sans lendemain et à quel prix l’a-t-il décroché ? Bowie a dû violemment se séparer de son manager Tony DeFries qui lui a siphonné tout l’argent qu’il pouvait. De plus, il vient de divorcer d’avec sa femme Angie, furieuse qu’il ait trahi sa promesse de lancer sa carrière à elle. Bowie s’est transformé, à, Los Angeles, où il réside, en une sorte de reclus, de mort-vivant. Il vit la nuit, dort très peu, mange encore moins et absorbe des quantités faramineuses de cocaïne. Il fait alors peur aux autres comme à lui-même. Il partage une maison avec son compatriote anglais, le bassiste et chanteur Glenn Hugues de Deep Purple, auquel le lie une sorte d’amour platonique. Et aussi certaines mauvaises habitudes. Comme Bowie le déclarerait plus part : « à Los Angeles, quand tu rencontres quelqu’un de nouveau, il ne te serre pas la main, il te fourre une cuillère de coke sous le nez. » Bowie fait de cette drogue une consommation colossale. « Sept grammes par jour en moyenne », avouera-t-il dans une interview. Il entreprend au début de l’automne 1975 l’enregistrement d’un nouvel album aux studios Cherokee, à Hollywood, sur Fairfax Avenue. Un studio que George Martin, le producteur artistique des Beatles, considère alors comme un des meilleurs au monde, fonctionnant vingt-quatre heures sur vingt-quatre, équipé de consoles de mixage 24 pistes dernier cri. Bowie a confié la supervision de l’enregistrement à l’ingénieur du son Harry Maslin. Un homme habitué à régler le son live des meilleurs musiciens des États-Unis, de Jimi Hendrix naguère à Frank Zappa.

Pour voir ce contenu, acceptez les cookies.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.
Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

L’équipe des musiciens est centrée autour Carlos Alomar, le nouveau guitariste de Bowie. Ce Porto-Ricain de New York a fait découvrir au chanteur anglais la nouvelle soul américaine, celle que l’on joue et écoute dans les discothèques à New York et Philadelphie, dominée par des musiciens d’origine latine et antillaise. La rythmique est assurée par deux musiciens noirs, le bassiste George Murray et le batteur Dennis Davis. Ceux-ci se sont illustrés en accompagnant un excellent musicien de funk-jazz à New York, le vibraphoniste Roy Ayers. Ainsi, c’est un étonnant groupe multi-racial qui seconde David Bowie pour l’enregistrement d’un album qui va faire date, Station to Station, publié au tout début de l’année 1976. Un album qui constitue une borne historique dans le parcours de David Bowie. Parce qu’il cristallise ce télescopage paradoxal, propre au Bowie d’alors, et qui continue encore aujourd’hui à intriguer et fasciner : un chanteur à l’apparence froide et impassible au cœur d’une musique chaude et bouillonnante. Cinquante ans après, cet événement est célébré par la publication d’une nouvelle édition de Station to Station, en vinyle, au nombre d’exemplaires limités. Bon, ça c’est vraiment pour les collectionneurs, et pour Bowie, c’est sûr qu’il y en a. En tout cas ça nous donne un bon prétexte pour éclairer ce soir cet album si particulier, pour la première émission de la semaine consacrée à David Bowie. Il y en aura d’autres.

Pour ne savoir plus, écoutez l'émission...

À écouter

Quand Bowie et Jagger dansaient ensemble

Musicaline

4 min

Playlist :

David Bowie :

  • « Golden Years - 2016 Remaster » album « Station to Station »
  • « TVC 15 - 2016 Remaster » album « Station to Station »
  • « Word on a Wing - Moonage Daydream Mix » album « Moonage Daydream - A Brett Morgen Film »
  • « Station to Station - Live, 2017 ; Remaster » album « Stage »
  • « Stay -Live, 2017 ; Remaster » album « Stage »
  • « Wild Is the Wind - 2016 Remaster » album « Station to Station »
  • « It’s Hard to Be a Saint in the City » album « Sound + Vision »

L'équipe

  • Écrivain, journaliste et critique rock
  • Vincent Godard
    Réalisation et mise en onde
pixel