Ce soir, dernier volet de la semaine consacrée à un grand disparu qui, a, jusqu'à la fin de sa vie, continué à composer quelques trésors.
« Sunday », une des plus belles chansons de la dernière partie de la carrière de David Bowie, celle qui couvre les quinze dernières années qu’il a vécues, et qui correspondent aux quinze premières du nouveau siècle, celui que nous vivons. Une chanson qu’il a interprétée en 2002 sur la scène du festival de Montreux, c’est la version qu’on vient d’entendre. Bowie allait bientôt devoir mettre fin à ses tournées. En 2004, il était victime de ce qu’on appelle un infarctus cérébral alors même qu’il donnait un concert sur une scène de Prague. Deux ans avant, en 2002, il publiait un album intitulé Heathen, comme païen dont « Sunday » constituait l’entrée en matière. Et comme le manifeste. Les paroles disent : « En vérité, c’est le début de rien, Et rien n’a changé, tout a changé, parce qu’en vérité c’est le début de la fin ». La pochette de l’album Heathen présente un gros plan du visage de Bowie, une photo en noir et blanc où on le voit avec des yeux de poisson tout blancs. À l’origine, le chanteur voulait reproduire un tableau de Rembrandt, mais strié de peinture blanche, comme si celui-ci venait d’être vandalisé. L’idée qui le hante est que les sociétés occidentales vivent désormais dans un monde désacralisé où le sacré est bafoué et moqué. Cette réflexion chez Bowie intervient à un moment crucial dans sa vie. Sa femme Iman vient de donner naissance à une petite fille, Alexandria, dite Lexi, et David Bowie se sent investi d’une nouvelle responsabilité. Comme beaucoup de parents, il se demande avec angoisse dans quel monde elle va grandir. Il se trouve pris dans une contradiction extrêmement ordinaire : son bonheur privé est grand, il est à nouveau un jeune père, Iman est la femme de sa vie, mais le monde autour de lui le terrifie. Comme le dira très bien son ami de longue date Tony Visconti qu’il rappelle auprès de lui pour réaliser l’album (sa collaboration avec le guitariste new-yorkais Reeves Gabrels ayant pris fin) : « Il [Bowie] aborde dans les chansons de Heathen la désolation de l’âme dans un monde sans Dieu et sans doute sa propre désolation aussi ».
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Deux ans plus tard, pour David Bowie, la vie en tournée est terminée. Le nomade qu’il a été jusque là, l’homme qui a vécu à Berlin, à Lausanne, à Los Angeles, a voyagé en Afrique, a eu une maison à l’île Moustique (au sud de la Martinique) et une autre sur l’île des Bermudes, dans l’Atlantique nord, n’a plus envie d’ailleurs. Une autre vie, sédentaire, s’impose à lui. Loin de ses métamorphoses d’artiste, Bowie se glisse alors dans une autre peau, nouvelle pour lui : celle d’un homme normal. À partir de cette année 2004, Bowie, âgé de cinquante-sept ans, entame une vie de retraité et de père de famille tardif à New York. Très tôt le matin, après s’être levé à cinq heures, il quitte son vaste appartement, bâti sur le toit d’une ancienne chocolaterie à Manhattan, et part faire son tour dans le quartier de Chinatown, à l’heure où il n’y a personne dans les rues. Des photographes le guettent, bien sûr et, régulièrement, des clichés de lui circulent : un promeneur new-yorkais anonyme dans son vieux jean, son anorak et ses bottes usées, en casquette et lunettes noires, hélant un taxi, un parapluie en main. Jusqu’à ce que les paparazzi et le public se lassent. On l’oublie quelque peu. Après l’album Reality en 2003, Bowie ne publiera plus qu’un seul recueil de chansons nouvelles de son vivant, ce sera The Next Day en 2013, un retour qui fera l’événement. Et puis, bien sûr, Blackstar, publié jour pour jour il y a dix ans, le 8 janvier 2016, soit l’avant-veille de l’annonce de son décès. Ce soir, je ne vais pas me concentrer sur un album particulier, comme je l’ai fait cette semaine, mais sur certaines beautés oubliées de l’œuvre tardive de David Bowie. Beaucoup ne se le rappellent pas mais dans Heathen, il avait repris une chanson des Pixies, « Cactus », qui figurait à l’origine dans le tout premier album du groupe, Surfer Rosa, paru en 1988. La découverte des Pixies l’avait tellement enthousiasmé, il n’était pas le seul, qu’elle l’avait, entre autres raisons, poussé à créer au début des années 90 un groupe, Tin Machine, dont il se présentait comme le simple chanteur. Et au sein duquel il avait eu l’impression de repartir à zéro, comme s’il avait eu à nouveau dix-huit ans.
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« Fais-toi saigner les mains sur un cactus, frotte-les sur ta robe et envoie-la moi », disaient les paroles. Voici la version de « Cactus » que chantait, en 2002, David Bowie, cette fois en majesté et en solo, accompagné apr son excellent groupe d’alors, dans lequel figuraient notamment la bassiste Gail Ann Dorsey et son légendaire pianiste Mike Garson, présent depuis Aladdin Sane.
Pour en savoir plus, écoutez l'émission...
À écouter
Playlist :
David Bowie :
- « Sunday - Live at the Montreux Jazz Festival, 18th July 2002 » album « I Can’t Give Everything Away »
- « Cactus - Live at the Montreux Jazz Festival, 18th July 2002 » album « I Can’t Give Everything Away »
- « Slip Away - Live at the Montreux Jazz Festival, 18th July 2002 » album « I Can’t Give Everything Away »
- « New Killer Star (Radio Edit) - 2025 Remaster » album « I Can’t Give Everything Away »
- « Bring Me the Disco King (Loner Mix) (feat. Maynard James Keenan and John Frusciante) » album « I Can’t Give Everything Away »
- « Days (Live) - 2025 Remaster » album « I Can’t Give Everything Away »
- « Everyone Says ‘Hi’ (Radio Edit) - 2025 Remaster » album « I Can’t Give Everything Away »
- « Where Are We Now? - 2025 Remaster » album « I Can’t Give Everything Away » 4’09’’
- « I Can’t Give Everything Away (Radio Edit) - 2025 Remaster » album « I Can’t Give Everything Away »
À écouter
L'équipe
- Écrivain, journaliste et critique rock
- Vincent GodardRéalisation et mise en onde



