Albert Cohen ©Radio France - Michael Sallit
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Albert Cohen a 10 ans. Il est victime d'une agression antisémite d'une violence inouïe. Cet épisode le marque pour la vie. Malgré la haine dont il a fait l'objet, il cultive dans "une acceptation joyeuse du malheur" une "tendresse de pitié" à l'égard de l'humanité.

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Le 16 août 1905, Albert Cohen a 10 ans. Fasciné par le discours d'un camelot, il s'en approche. "T'es un youpin, hein ? Je vois ça ta gueule ! T'es un sale Juif, hein ? Ton père est de la finance internationale, hein ? Débarrasse un peu le plancher, t'as rien à faire ici !"

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Ces paroles de haine dont il était la cible au milieu de la foule le laissent désespéré. Il raconte : "Pendant longtemps, après cette aventure, je me suis enfermé dans ma chambre, je vivais avec des livres en français, je me disais "ça, c'est ma petite France à moi !"

"Ça m'a tordu le cerveau" ajoute-t-il. La blessure est profonde, indélébile, elle lui a donné un "nouveau regard, un regard juif" : "Il se peut que tous mes livres soient nés de l'histoire du camelot." Et continue l'analyse : "C'est très curieux, on dirait que j'ai refait l'aventure juive parce que, tout à coup, je me suis reconnu dans une glace, et puis j'ai eu l'impression que je leur dirai un jour ce qu'ils m'ont fait et que je serai extrêmement bon avec eux et que ce serait ma vengeance."

Au récit de cette scène, ses parents pleurent. Eux qui ont quitté Corfou pour fuir les persécutions antisémites ! De sa mère, il dit qu'elle était "une sainte véritable, c'est-à-dire qu'elle ne savait pas qu'elle était une sainte". Les mots sont plus difficiles à trouver pour son père : pour lui, c'est un mélange de pitié et de rancœur.

La pitié est un sentiment qui revient souvent dans la bouche d'Albert Cohen. Même pour l'abominable Pierre Laval, il a "une étrange pitié, une inébranlable pitié". "Je deviens lui-même dans sa cellule et il souffre" dit-il. "J'ai l'œil méchant, mais le cœur bon. Un crocodile qui a un cœur d'enfant."

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