Noémie Merlant le 30 septembre 2025 ©Getty - Marc Piasecki/WireImage
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Noémie Merlant a choisi son cinéma de quartier pour la rencontre Totémic du jour. Une actrice que vous avez peut-être vue dans “Portrait de la jeune fille en feu” ou encore “Lee Miller”. Elle est actuellement au cinéma dans le film "Eleonora Duse" de Pietro Marcello.

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La première fois qu’elle est montée sur scène, elle n’avait pas 20 ans. Elle en a 37 aujourd’hui. À l’époque, elle venait d’arriver à Paris, seule, donc un peu déboussolée sans sa sœur ni ses parents.

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Céline Dion, Lara Fabian, quand elle était gosse, elle voulait chanter comme ces deux-là. Peut-être parce qu’il y avait la place pour les grands sentiments. Mais chanter en public, Noémie Merlant n’y arrivait pas. On se planque plus derrière un personnage quand on est comédienne, et son jeu et son nom se sont imposés à la fin des années 2010 avec Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, l’amour entre une peintre et son modèle féminin à la fin du XVIII° siècle.

Dans le parcours de Noémie Merlant, le désir est peut-être l’un des motifs qu’elle a choisi d’interpréter, jusqu’à son rôle dans Emmanuelle, personnage de roman et de film érotique, dont la cinéaste Audrey Diwan et elle, ont proposé une nouvelle version il y a deux ans. Noémie Merlant a joué au côté de Cate Blanchett, dansTar, de Kate Winslet, dans Lee Miller et la voici dans un film italien : Eleonora Duse, une des plus grandes comédiennes du siècle dernier.

Noémie Merlant m’a donné rendez-vous dans le cinéma de son quartier, le Méliès, à Montreuil. Il sera beaucoup question de famille dans la conversation qui suit. Sans doute parce qu’elle est en train d’en fonder une à son tour.

Rebecca Manzoni

La famille comme socle

Née à Paris mais élevée à Rezé, près de Nantes, Noémie Merlant garde de son enfance l’image d’un cocon solide, intimement lié à la petite maison familiale, qu’elle visite encore « en pèlerinage ». « Quand je repense à Rezé, je repense à la vie d’avant, une vie plutôt simple », confie-t-elle, évoquant un monde bouleversé après son retour à Paris et l’AVC de son père. Cet accident marque un tournant durable : ce père autrefois sportif devient handicapé, mais reste combatif, et la famille, soudée et presque clanique, se resserre autour de lui. Elle raconte : « J’ai des parents qui sont assez forts… J'ai deux exemples de personnes qui se battent. Ma mère s’est occupée de mon père et de ma sœur. Mon père, malgré son handicap, reste positif et fait plein de choses malgré qu'il soit invalide ». Cette force familiale continue de l’accompagner, constituant un socle essentiel dans sa vie et sa carrière.

Le jeu pour s'exprimer, transformer

Jeune, Noémie Merlant n’a jamais osé rêver de cinéma, tant cet univers lui semblait inaccessible. Pourtant, depuis l’enfance, elle s’exprimait déjà par le spectacle — chant, danse — faute d’être bavarde. Après le bac, alors qu’elle envisage une école de commerce, son père l’encourage à suivre sa véritable passion et à tenter le cours Florent à Paris. « Il m’a dit : tu devrais essayer », se souvient-elle. Timide et débutante, elle suit son conseil, et cette immersion dans le théâtre se révèle une révélation : « Sur un plateau, je me sentais vraiment en vie, parce qu’on est dans le ici et maintenant… Dans la vie, souvent, on se demande qu’est-ce que j’ai fait ? Mais qu’est-ce que je dois faire ? ».

Cette découverte est rapidement traversée par l'accident vasculaire cérébral de son père qui bouleverse profondément l’équilibre familial. Alors qu’il est dans le coma, l'apprentie comédienne continue de jouer. « Je n’arrivais plus à pleurer dans la vie, tout était bloqué. J’avais peur, mais en même temps j’essayais de soutenir tout le monde pour pas que tout le monde craque ». Sur scène, elle transforme ces larmes et ces peurs en création : « Je me suis retrouvée à évacuer plein de choses et à transformer tout ça en une interprétation de scène. Et ça, c’est un exutoire » confie-t-elle. Le théâtre devient alors un lieu de bascule, un espace où la douleur peut circuler, se transformer et s’exprimer autrement.

Prendre part au film pour faire connaître Eleonora Duse

Dans le film Eleonora Duse de Pietro Marcello, Noémie Merlant incarne Enrichetta, la fille de cette grande actrice italienne du XIXᵉ siècle, interprétée par Valeria Bruni Tedeschi. Un rôle qu'elle a voulu saisir pour une raison précise : « Encore une femme qui a révolutionné le jeu d'acteur et le théâtre et que je ne connaissais pas. Et ça, ça m'énerve », confie-t-elle. L'actrice y voit l'occasion de participer à la reconnaissance de parcours féminins sacrifiés à l'art. « C'est important de participer à des œuvres comme cela, qui remettent en lumière des femmes avec des parcours où justement elles ont consacré leur vie à l'art et à la création, au détriment parfois de leur vie de famille », explique-t-elle. Elle souligne le déséquilibre des récits : « Souvent on montre des personnages masculins qui ont fait justement des grandes carrières, mais on se pose pas la question de leur rapport à leurs enfants. Et on a moins de récits de femmes qui ont fait ce choix là.»

Pour ce rôle en italien, langue qu'elle ne maîtrise pas, l'actrice compare l'expérience au port d'un costume d'époque : « Parfois, c'est plus facile de rentrer dans un personnage quand on va parler une autre langue ».

À écouter

1h 15min

Pour en savoir plus, la suite est à écouter...

Programmation musicale

  • Andrea Laszlo de la Simone - Quando
  • Grace Jones – La vie en Rose
  • Disiz et Theodora- Mélodrama

L'équipe

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