Tiago Rodrigues, metteur en scène et dramaturge, est un homme qui aime Nina Simone, Otis Redding, Caetano Veloso. Aujourd'hui, il est directeur du festival d’Avignon et sa pièce "La Distance" est en tournée.
- Tiago Rodrigues, dramaturge et metteur en scène portugais
“Salut ça va ?” dit-il en ouvrant la porte. Jovial, il m’invite dans un salon au plancher qui craque et file dans la cuisine préparer un café. Tiago Rodrigues est né à Lisbonne en 1977, trois ans après la Révolution des œillets qui installait la démocratie dans son pays. Il a travaillé avec une compagnie belge d’Anvers, a dirigé le théâtre national de Lisbonne, s’est fait connaître en France au début des années 2010. Il est nommé directeur du festival d’Avignon en 2022 et son mandat vient d’être reconduit pour les 4 prochaines années.
Depuis que Tiago Rodrigues dirige le festival, une langue est invitée pour chaque édition. Après l’anglais, l’espagnol et l’arabe, cette année, ce sera le coréen, qu’on peut avoir dans l’oreille avec le cinéma, et langue de la jeunesse grâce à la K-Pop. Jusqu’en juin, une des dernières pièces de Tiago Rodrigues est en tournée en France. Elle s’intitule La Distance, c’est l’histoire du lien, entre un père et sa fille. L’appartement dans lequel nous sommes est à Paris. Pas loin de la Comédie-Française. Et on voit une grande roue tourner à travers la fenêtre.
Fils de la révolution des Œillets : une dette démocratique
Tiago Rodrigues porte en lui l'héritage de cette libération. En écoutant des archives de 1974 qui racontent l'événement, il avoue être submergé par l'émotion : "J'ai les larmes aux yeux, j'ai du mal à parler (...) C'est comme si je l'avais vécu, ça fait partie de mon code génétique éthique, politique, citoyen, sentimental." Élevé par des parents qui avaient passé la majeure partie de leur vie sous la dictature fasciste de Salazar, il se dit animé par une "dette" envers ceux qui ont risqué leur vie pour la liberté : "J'essaye de répondre à la générosité de ceux qui se sont dit 'je peux risquer mon travail, ma vie (...) mais je vais me battre pour quelque chose dont d'autres vont profiter'."
Cette mémoire n'est pas pour lui une simple nostalgie, mais un moteur politique : "La mémoire active, ce n'est pas l'hommage du passé, c'est se nourrir du passé pour produire une pensée au présent, et des gestes de l'action au présent." Un fil rouge qui traverse toute son œuvre théâtrale, de By Heart, spectacle dédié à sa grand-mère devenue aveugle, jusqu'à La Distance, sa dernière création qui met en scène la relation entre un père et sa fille.
À écouter
L'écriture en portugais : une question de liberté
Bien qu'il parle couramment français et anglais, Tiago Rodrigues écrit toujours en portugais, même pour des productions françaises. "Je suis chez moi en parlant portugais", confie-t-il. Cette fidélité à sa langue maternelle relève d'une nécessité créative : "En français, je fais des erreurs et je ne me rends pas compte (...) En portugais, si je fais des erreurs, ils sont exprès. On l'appelle une autre chose, c'est "transgression", c'est "poésie"."
Son processus d'écriture est marqué par l'urgence et la collaboration. Il écrit pendant les répétitions, souvent la nuit, envoyant ses textes à traduire le matin même : "J'écris pour des comédiens et comédiennes, j'écris pour la répèt' de demain ou d'aujourd'hui." Cette méthode collective, qu'il compare à "un roman épistolaire, des lettres d'amour que j'écris aux comédiens", privilégie la rencontre et l'écoute, faisant de la création théâtrale un dialogue permanent.
Face à l'extrême droite : refus de compromis
À la tête du Festival d'Avignon, Tiago Rodrigues a défendu Rebecca Chaillon, cible de violentes attaques racistes après la présentation de son spectacle Une carte noire nommée Désir en 2023. Il dénonce la responsabilité de certains médias qui, "en employant certains mots, en décrivant de façon tronquée certains propos, sont en train de réveiller la possibilité de la violence et de la menace réelle."
Face à la montée de l'extrême droite en France, il affirme sa position sans ambiguïté : "Je ne vais pas démissionner. (...) En revanche, je ne peux pas accepter de travailler avec des élus d'extrême droite." Convaincu de l'importance du service public de la culture en France, qu'il juge exemplaire dans le monde, il refuse de "sacrifier [son] intégrité" et appelle à défendre "cette exception culturelle" contre "l'asphyxie financière".
Programmation musicale
- Vanessa Paradis - Le retour des beaux jours
- Little Simz – Young
- Rachid Taha – Rock the Casbah
À écouter
L'équipe
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- Chargé(e) de programme
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