René Depestre à Cassis en mai 2000 ©Getty - Patrick BOX/Gamma-Rapho via Getty Images
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Poète des révolutions et des désillusions socialistes, René Depestre revient en 2005 sur ses combats de toujours, ses nombreux exils loin d'Haïti, la force vitale de la poésie et le récent travail de deuil des utopies qu'il accomplit par ses textes en prose, installé dans l'Aude depuis 1988.

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L’âge, l’expérience et la fatigue ont calmé les velléités insurrectionnelles d’un artiste qui a été pourtant de tous les combats. C’est dans cette posture assagie, qu'invité dans "Surpris par la nuit" en 2005, le poète René Depestre livre un long entretien où il confie ses défaites et fait ses adieux à la révolution. De la découverte du surréalisme à la poésie militante, de Cuba à l’Unesco, du deuil des idéaux socialistes à l’écriture romanesque, Depestre retrace un parcours fait de "sincérités successives".

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Le besoin toujours intact de changer la vie

Installé depuis la fin des années 1980 à Lézignan-Corbières, dans l’Aude, René Depestre observe le monde dominé par l’ordre marchand et le consumérisme, qu’il perçoit comme une menace directe contre la tendresse humaine et l’imaginaire collectif.

S’il affirme que l’idée même de révolution est sortie de l’histoire après avoir engendré trop de tyrannies, il refuse toute résignation : le besoin de changer la vie demeure entier. Dans ce paysage désenchanté, les poètes, selon lui, restent irremplaçables. Même reléguée à la clandestinité, la poésie conserve une fonction essentielle : célébrer la vie, résister à l’appauvrissement du monde et maintenir vivante la capacité d’invention humaine.

La fidélité au merveilleux

L’entretien est aussi traversé par Haïti, pays aimé et sinistré, dont Depestre analyse lucidement l’échec institutionnel tout en célébrant la puissance culturelle et le réalisme merveilleux des Haïtiens. Son retour dans sa ville natale de Jacmel, après 45 ans d’exil, superpose la force d'émerveillement de l’enfance retrouvée et la douleur d'un présent tragique.

Cette sensibilité à la nature, il la retrouve maintenant chez lui dans les Corbières, où raconte-t-il, "chaque soir je prends un bain cosmique en compagnie des arbres, ça fait dormir bien et on retrouve le charme des sommeils de l'enfance".

À écouter

53 min

  • Par Alain Weinstein
  • Surpris par la nuit - Raison de plus avec René Depestre (1ère diffusion : 25/04/2005)
  • Avec René Depestre (poète, romancier, essayiste)
  • Réalisation Angélique Tibau
  • Edition web : Documentation de Radio France

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