Ils sont l’ombre des auteurs. Ceux qui accompagnent, guident, rassurent. Les éditrices et éditeurs sont au cœur même de la création. Angèle est éditrice chez Casterman depuis 4 ans.
« Mon bureau est au fond du couloir, comme les mauvais élèves. » On la suit dans les méandres de la maison d’édition Casterman. 3ème étage. Une bibliothèque dans le couloir, une autre dans son bureau. Tout l’univers Casterman se tient dans ces lieux exigus. Une BD de l’intime, des romans graphiques qui racontent les hommes et les femmes du temps présent.
Angèle occupe la fonction d’éditrice depuis 4 ans. Dans une autre vie, elle a été libraire, a travaillé dans l’événementiel, a été attachée de presse. La BD, à ses débuts, elle n’y entendait rien. « J’étais libraire, je vendais du livre. J’ai eu l’idée d’ouvrir un rayon BD. Ca correspondait à une attente. Alors on a commencé petit. » En même qu’il grandit, Angèle se nourrit. « J’ai commencé par la jeunesse et après, ça ne m’a plus quitté. » Il faut dire qu’à la fin des années 90, la bande-dessinée est en pleine mutation. Des auteurs comme Sfar, Sapin, Sattouf, Blain émergent. Des maisons d’édition comme L’Association naissent. On a appelé ce courant, « la nouvelle bande dessinée. » De sa librairie, Angèle voit la BD changer. Elle prend le train en marche.
Je suis assez interventionniste
La BD et elle, c’est une relation appliquée. Je te découvre, je te lis, je t’apprends. Quand on lui propose, il y a 4 ans de passer à « l’édito » comme on dit, elle franchit le pas. « Je ne sais pas si j’étais légitime, mais on m’a fait confiance. » Rares sont les gens dans le milieu qui passent de la partie communication, à la celle de la création. Car c’est bien ce qu’elle fait. A 50 ans (elle n’aime pas donner son âge, tant pis, elle le porte à merveille), Angèle est au cœur de la création. « Editeur, c’est accompagner un auteur en suivant la ligne éditoriale de sa maison. » Editeur, c’est aussi une relation particulière avec son auteur. Elle, parle de relation totale. « On n’est pas un couple, mais on doit savoir se dire les choses. » Elle use du mot diplomatie en même temps qu’elle assume le fait de devoir trancher. « Les auteurs ont besoin qu’on leur renvoie cette image. »
Elle serait donc celle qui sait. Celle qui peut dire : « Ton scénario manque de rythme. Ta planche là ? Ça coince. Est-ce qu’il ne vaudrait pas mieux ? » Toujours avoir une question ouverte, pour ne pas froisser le créateur. Angèle se revendique interventionniste. Elle aime ce rôle. « Là on peut voir pour quoi on se bat. » La première BD qu’elle accompagne, c’est Sang neuf de Jean-Christophe Chauzy. Un récit de l’intime (on est bien chez Casterman), Chauzy a failli mourir. « Quand je lui ai amené la BD, on est tombé dans les bras l’un de l’autre et on a pleuré comme des cons. » Avec un livre, une BD on ne s’ennuie jamais, dit-elle. Pas mieux.
Et pour ceux qui voudraient aller regarder les titres de Casterman, c’est ici.
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