Marine Le Pen en campagne à Lens le 17 mai 2002, pour les élections législatives - PHILIPPE HUGUEN / AFP
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Marine le Pen, jugée en appel dans l'affaire des emplois fictifs du FN au Parlement européen, admet désormais qu'elle a peut-être, involontairement, commis un délit. Profil bas, nouveau visage... Une habitude pour elle depuis ses premiers pas sur la scène médiatique.

Le 5 mai 2002, au moment de la proclamation des résultats du second tour de l'élection présidentielle, Jean-Marie le Pen, président du Front national — qui pour la première fois atteignait le second tour — ne récolte pas 18% des voix, face à Jacques Chirac. La défaite est sévère, mais sur le plateau de France 3 il y en a une qui se réjouit, se disant "extrêmement contente du résultat" : c'est Marine Le Pen. Elle a 33 ans, elle est conseillère régionale du Nord-Pas-de-Calais et c'est la première fois qu'elle est propulsée sur un plateau de télévision. Le FN assure que c'est un concours de circonstances : le parti est trop sollicité et il envoie la fille du chef. Elle n'a pas l'air impressionnée, elle connaît les médias : pendant la campagne, l'ex-avocate faisait partie de la cellule qui a géré l'image de son père.

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**>>Procès en appel des assistants parlementaires du FN : Marine Le Pen fait profil bas au premier jour d'audience

**Ce soir-là sur le plateau de France 3, l'image que Marine Le Pen donne d'elle-même est celle d'une femme pleine d'assurance : les coudes sur la table, le buste en avant, elle a le sourire satisfait, une mauvaise foi prodigieuse… et des formules définitives. "Aujourd'hui, assène-t-elle, Jean-Marie Le Pen est à la tête du premier mouvement de France." Quand on lui demande comment va le président du FN, que l'on sait déçu et furieux, "il est toujours très serein", affirme-t-elle. Et elle ajoute : "Le combat commence !" Puis elle part faire la fête avec Frédéric Châtillon notamment, un vieux copain néofasciste, qui participe à son ascension politique.

Naissance d'une "bête de télé"

Une quinzaine de jours plus tard, on la retrouve sur France 2. Plus motivée que jamais, elle fond sur Jean-Luc Mélenchon, figure alors de la gauche socialiste, qu'elle accuse d'être en partie responsable de la désaffection des Français envers des politiques, qualifiés de malhonnêtes. Chaos sur le plateau, comme une enfant qui sème la zizanie dans la classe et qui prend l'air innocent sans être dupe, Marine le Pen joue, s'amuse… Une bête de télé est née.

Dans la foulée, toujours en 2002, changement de registre : elle part sur le terrain. Elle se présente aux législatives dans la 13e circonscription du Pas-de-Calais. En campagne dans les rues de Lens, oubliée l'agressivité : un peu à la manière des chats qu'elle adore — elle est officiellement éleveuse de chats, aujourd'hui — elle rentre les griffes. Comme elle est en train de devenir une attraction médiatique, les journalistes la suivent quand elle fait du porte-à-porte. Sur France 2, la benjamine du clan Le Pen confie qu'elle est "le clone" de son père. "J'essaie de trouver des sujets où je ne suis pas d'accord avec lui, explique-t-elle. Mais je n'arrive pas à en trouver. Je vais bien finir par réussir, quand même !"

""Même humour, même discours, mêmes méthodes que son père... le sourire en plus.""

Cette année-là, Marine le Pen perd les élections législatives mais elle gagne la notoriété. Au sein du Front national, elle prend de plus en plus de place, et cela inquiète notamment Bruno Gollnisch, qui se verrait bien un jour numéro 1. Et sa stratégie de dédiabolisation du parti commence à déranger, mais la machine est lancée.

Stratégie de victimisation

C'est alors que très vite elle dévoile un nouveau visage : celui de victime. Elle fait la liste de ses blessures : l'attentat contre sa famille en 1976, le divorce de ses parents ou les humiliations qu'elle dit avoir subies à l'école. En 2006, alors vice-présidente du FN, elle dit tout dans une autobiographie et se livre, le ton grave, chez Thierry Ardisson sur France 2 : "Un grand nombre de professeurs se sont bien tenus. Mais il y en a un certain nombre, qui étaient des militants avant d'être des professeurs, qui avaient complètement oublié ce qu'est l'Education nationale, qui se vengeait sur la petite fille, la jeune fille que j'étais, de l'hostilité qu'ils avaient à l'égard de mon père. C'est la raison pour laquelle j'ai envie de dire que si quelqu'un peut parler d'exclusion c'est moi. Je peux dire ce que c'est que d'être exclue à raison de quelque chose de profondément injuste, la carrière politique de votre père."

En fait depuis le début Marine le Pen cultive la surprise. Elle multiplie les masques et on ne sait jamais celui qu'elle va porter, elle s'adapte pour les caméras. D'ailleurs, comme le disait son père lui-même dès 2004 : "Marine, ce sont les médias qui l'ont faite."

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