La présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodriguez, sourit après une séance de l'Assemblée nationale à Caracas, le 5 janvier 2026. - FEDERICO PARRA / AFP
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Tous les yeux sont tournés vers celle qui remplace - par intérim - Nicolas Maduro, l'ancien président du Venezuela toujours incarcéré à New York. Elle a prêté serment cette semaine.

Ce jour-là, Delcy Rodriguez porte un tailleur rouge vif. Nous sommes le 4 août 2017, à Caracas, capitale du Venezuela et c’est un grand jour pour Delcy Rodriguez. Elle doit prononcer son premier discours à la tête de l’Assemblée nationale constituante, la fameuse assemblée que le président Nicolas Maduro a fait élire pour asseoir son pouvoir.

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**Delcy Rodriguez sait qu’une grande majorité des Vénézuéliens étaient contre la création de cette assemblée, antidémocratique d’après eux. Ils l’ont fait savoir et ils l’ont payé : en cette année 2017, les manifestations anti-Maduro ont déjà fait plus d’une centaine de morts.

Delcy Rodriguez sait aussi que cette Assemblée est vue d’un très mauvais œil par de nombreux pays dont les États-Unis. Et alors ? Voilà dans son discours du 4 août 2017, tout de rouge vêtue, ce qu’elle leur répond : "Ne vous mêlez pas des affaires du Venezuela ! Je vais le répéter autant de fois que nécessaire : ne vous en mêlez pas ! Je te le dis, empire sauvage et barbare, ne viens pas te mêler du Venezuela, car le Venezuela jamais ne fléchira ni ne se rendra."

Un père érigé en martyr

Elle est menue, elle a l’air inoffensive mais Nicolas Maduro a un mot pour qualifier Delcy Rodriguez : "Une tigresse." Et elle sort les griffes depuis longtemps. Depuis 1976, l’année de ses 7 ans, l’année où son père, leader révolutionnaire d’extrême gauche, est torturé à mort dans les locaux de la police.

La rancœur de Delcy Rodriguez est née, comme elle le raconte au micro du blogueur et propagandiste américain Max Blumenthal en 2020 : "Beaucoup de familles étaient frappées par les disparitions, les tortures, les assassinats. Sauf que personne d’extérieur au pays n'a jamais dit qu’on violait les droits de l’homme au Venezuela. On réprimait, on assassinait, on faisait disparaître mais tout le monde s’en fichait."

La jeune Delcy Rodriguez aime dessiner et elle est forte en mathématiques alors elle pense d’abord à l’architecture mais finalement elle choisit le droit. Avec un but : venger ce père érigé en martyr.

Un séjour en France compliqué

Elle débute ses études à Caracas et, en 1993, direction Paris pour peaufiner ses connaissances en droit du travail et en droit syndical. Elle y passe 4 ans. Un mauvais souvenir.

Elle en parle dans le podcast de… Nicolas Maduro. Car avant d’être enlevé et enfermé dans une prison de Brooklyn, l’ancien président du Venezuela a présenté son propre podcast. En février 2024, son invitée est Delcy Rodriguez. Il la connaît déjà bien, cela fait des années qu’elle gravit les échelons au sein de son gouvernement. Elle a ainsi été ministre de la Communication, ministre des Affaires étrangères, présidente de l’Assemblée nationale constituante. Au moment de sa conversation avec Nicolas Maduro, elle est ministre de l’Economie et vice-présidente de la République. Nicolas Maduro, son mentor, l’interroge donc sur son séjour parisien :

Nicolas Maduro : Tu t’es adaptée à la vie là-bas, en tant que jeune Vénézuélienne ?

Delcy Rodriguez : Non, ça a été très dur.

Nicolas Maduro : Pourquoi ?

Delcy Rodriguez : Parce que le Parisien est très difficile, il n’est pas agréable d’un point de vue humain et il y avait un gros rejet des migrants…

Nicolas Maduro : Il y avait ce genre de choses, de la xénophobie ?

Delcy Rodriguez : Une xénophobie très forte ! Dans le métro par exemple, des arabes étaient brûlés vifs, le système était vraiment terrible, très excluant et très xénophobe.

Pas de trace "d’arabes brûlés vifs" dans le métro à Paris dans les années 1990 mais Delcy Rodriguez paraît toujours très sûre d’elle quand elle assène ses vérités. Comme lorsqu'elle martèle, il y a 10 ans, que le Venezuela n’a pas faim : "Il n’y a pas de crise humanitaire, il n’y en a pas ! Je l’affirme en toute responsabilité… Il n’y en a pas." À l’époque pourtant le Venezuela n’a rien dans le ventre : 80% des produits de base manquent dans les supermarchés.

Delcy Rodriguez explique que l’arrivée d’Hugo Chavez au pouvoir, en 1999, a été comme une lumière pour son pays. Pas sûr que ça l’ait complètement éclairé.

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