Alain Orsoni ©Radio France - PHOTOPQR/NICE MATIN
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Sophie Parmentier brosse le portrait d'Alain Orsoni, nationaliste corse, homme d'affaires au Nicaragua, qui a aussi été président de l'AC Ajaccio. Il a été assassiné lundi 12 janvier 2026 en plein cimetière, au moment de l'enterrement de sa mère, à Véro, le fief familial en Corse.

Une balle en plein cœur, et Alain Orsoni s’est écroulé, à 71 ans, assassiné devant la tombe de sa propre mère, qu’il était venu enterrer, dans le village de Véro, le fief familial en Corse, l’île où il est né. Et où il sera incinéré ce samedi 17 janvier, à Ajaccio.
Dans ses mémoires, intitulées “Un destin corse, le maquis ardent”, Alain Orsoni écrivait, en 2011 : “je suis condamné à mort”.
Depuis longtemps, il se savait menacé. Il le disait en 2008, devant une caméra de France 3.“On m’a annoncé qu’on voulait m’assassiner, et qu’on avait déjoué une tentative d’assassinat contre moi”. Cette année-là, c'est la police qui l'avait prévenu.

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En fait, cela faisait plus d'un demi-siècle qu'Alain Orsoni côtoyait la violence, de près ou de loin.
Enfant, il grandit avec un père parachutiste, André Orsoni, engagé en 39-45, puis en Indochine et durant la guerre d’Algérie.
Adolescent, Alain Orsoni part étudier à Paris, dans l'université d'Assas. Il milite dans un groupe étudiant d’extrême-droite, et en 1975, de retour en Corse, il devient fervent nationaliste. Il est l’un des premiers, avec son frère Guy, dans la cave occupée d’un viticulteur d’Aleria. L’opération se termine par la mort de gendarmes. Première cavale pour Alain Orsoni, qui fonde ensuite le FLNC, le Front de Libération National Corse. Il revendique des attentats sur l’île, puis à Paris, l’hôtel de ville, le palais de justice. C’est l’époque de sa première condamnation, derrière les barreaux de Fleury-Mérogis.

Il pensait que son frère Guy, enlevé, avait été assassiné à sa place, en 1983

Vient l’année 1983, majeure. Son frère Guy est enlevé, on ne retrouvera jamais son corps. Alain Orsoni pense que c’est lui qui était en fait visé. "Il est apparu un mouvement qui s’appelle France Résurrection, mouvement qui annonçait l’exécution d’un certain nombre de membres présumés du FLN. Et en tête de liste, y avait mon nom", déclarait-il alors devant des caméras locales de France 3.

L’année suivante, en juin 1984, un commando vengeur fait irruption dans la prison d’Ajaccio, et tue les auteurs présumés de l’enlèvement de Guy Orsoni, le frère. A la même heure, Alain Orsoni est à la maternité, pour la naissance de son premier fils, qu’il prénommera Guy -et qui est devenu une figure du banditisme corse, actuellement incarcéré, Guy Orsoni fils a fait savoir qu'il ne demanderait pas de permission de sortie pour assister aux obsèques de son père.

Alain Orsoni avait déclaré après la disparition de son frère que le plus regret de sa vie était de ne pas avoir fait partie du commando punitif. Et lors d'une conférence de presse en 1984, il avait fait cette déclaration. "Je constate avec plaisir que ce commando a rendu justice à mon frère en exécutant, deux des principaux assassins de Guy Orsoni. C’est tout ce que je peux vous dire." Ce jour-là, Alain Orsoni était apparu tout de noir vêtu, et non masqué. C’était l’époque où les militants du FLNC portaient souvent des cagoules sur la tête et les armes à la main. L'époque où Orsoni discutait à l'Elysée avec François Mitterrand. En 1990, Alain Orsoni avait créé un autre mouvement, le MPA, Mouvement pour l’Autodétermination.

L'exil au Nicaragua

Et en 1996, Alain Orsoni quitte la Corse. Pour s’exiler à Miami, en Floride, où il ouvre une pizzeria. Puis il s’installe au Nicaragua, et fait des sauts au Guatemala, au Salvador et en Espagne. Le nationaliste corse brasse des sous dans les casinos et les cercles de jeux.
Il est soupçonné de trafic de cocaïne. Lui a toujours nié toucher à l’argent sale.

En 2008, il revient sur l’île de Beauté, pour reprendre les rênes du club de foot d’Ajaccio, après la mort d’un de ses amis. C’est cette année-là, que la bande du petit bar est soupçonnée de fomenter un assassinat contre lui. Puis plusieurs de ses proches tombent sous les balles : l’avocat Antoine Sollacaro, en octobre 2012, puis Jacques Nacer, le mois suivant. Alain Orsoni, était venu se confier au micro d'Ali Baddou sur Canal Plus dans Le grand journal. "Les Corses souffrent de cette situation. Les Corses condamnent ces assassinats. Les Corses n’en savent pas plus que vous. Certains probablement ! En ce qui me concerne, je n’ai aucune idée de qui a tué Antoine Sollacaro, de qui a tué Jacques Nacer".

Lundi, Alain Orsoni a fini par être lui-même assassiné, tel un parrain corse, qu’il niait être. Tué dans le cimetière de son village natal, comme dans le scénario d'un film, lui qui avait été nommé meilleur sosie de l’acteur Yves Montand par des journalistes d'Eurosport et que certains surnommaient le bel Alain, pour son charisme.

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