Tom Waits dans "Father, mother, brother, sister" de Jim Jarmusch - Copyright Les Films du Losange
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Le Lion d'or à la Mostra de Venise a récompensé Jim Jarmusch pour "Father, Mother, Brother, Sister". Ce long-métrage tisse des liens entre trois récits familiaux centrés sur l'héritage parental et l'enfance. Le nouveau long métrage de Jim Jarmusch a divisé Le Masque et la plume.

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Casting de superstars avec Tom Waits, Charlotte Rampling, Adam Driver ou encore Cate Blanchett, pour un film sur la famille à travers trois histoires différentes. Trois histoires qui mettent en scène les faux semblants entre parents et enfants, la comédie que l’on se joue les uns avec – ou contre – les autres.

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La première histoire a lieu dans une maison de la Côte Est des Etats-Unis. Un frère et une sœur rendent visite à leur vieux père, qu’ils n’ont pas revu depuis longtemps. La deuxième histoire se déroule dans une maison de Dublin où une mère accueille ses deux filles pour le thé. 
Et le dernier chapitre du film est à Paris, dans un appartement vide, où se recueillent des jumeaux, un garçon et une fille qui ont la vingtaine et qui ont vécu là avec leurs parents, morts dans un accident d’avion.

Ces trois récits sont liés par ce thème de la famille mais aussi par quelques objets ou répliques qui se font écho d’un chapitre à l’autre. Mon tout a valu le Lion d’or à Jim Jarmursch lors de la dernière Mostra de Venise.

Florence Colombani : un grand film sur l'enfance sans enfants

Florence célèbre un cinéma aérien qui fait exister l'invisible par la suggestion et les silences : "Je trouve que Le Lion d'or dessert presque ce film qui a quelque chose d'aérien, defragile, et que Le Lion d'or est une récompense qui écrase un peu. Le jury a aussi voulu récompenser Jim Jarmusch, et c'est un film dans l'esprit de son œuvre. Il y a aussi son côté musicien qui ressort, puisque tout est une question de rythme, c'est un film qui existe beaucoup dans ses silences. Dans tous ces groupes parents-enfants, c'est vraiment ça le thème du film : les parents vieillissants avec leurs enfants adultes pour les deux premiers chapitres, et ensuite dans le dernier, les parents sont morts, et c'est comment on survit à ses parents. À chaque fois, il y a des choses qui se disent, mais il y a aussi beaucoup de choses qu'on comprend dans les silences, dans les plans. C'est un grand film sur l'enfance, et c'est ça que je trouve magnifique : c'est un film où on ne voit pas d'enfants, et finalement il nous parle d'enfance, jusqu'au moment où, dans le dernier chapitre que je trouve le plus émouvant, la sœur, qui a la vingtaine, s'assoit comme une petite fille sur le comptoir de la cuisine, comme elle le faisait quand son père cuisinait, et réussit à convoquer cette image pour nous qui n'avons jamais vu ses parents et qui n'existent pas en flashback, qu'on doit imaginer. Jim Jarmusch sait faire exister des choses sans les montrer, parfois avec une ironie terrible, comme dans le premier chapitre où on a un père manipulateur. Le personnage de Charlotte Rampling dans le deuxième chapitre est assez glaçant. Jim Jarmusch nous donne quelque chose d'assez unique."

Marie Sauvion : quand l'élégance ne suffit pas à émouvoir

La critique cinéma apprécie le geste esthétique et les acteurs, mais regrette un manque de matière émotionnelle : "Je n'ai jamais été bouleversée par le cinéma de Jarmusch même si j'ai bien aimé certains de ses films, notamment celui sur les vampires. Pour celui-ci, je dois dire que j'ai été sensible à son charme volatile. Le plaisir va decrescendo entre le premier, le deuxième et le troisième segment. Les acteurs sont merveilleux, je suivrais Adam Driver au bout du monde. Jarmusch veut montrer comment on est bousillé par ses parents. Et il le fait à sa façon, avec une cruauté molletonnée, quelque chose d'extrêmement chic, mais, ça manque de matière. Il y a un autre esthète qui a sorti les costumes de ses personnages, qui veille à la déco, qui veille aux objets, c'est Almodóvar. Et il y a, malgré tout, même dans son versant tragique contemporain, des passions latines chez Almodóvar auxquelles je peux me raccrocher et qui humanisent la belle affiche, et ce n'est pas le cas concernant Jarmusch."

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Christophe Bourseiller : "On ne s'ennuie pas car ces trois histoires sont des énigmes"

Le critique découvre un Jarmusch enfin convaincant, tissant une structure narrative puissante autour de secrets familiaux : "J'ai toujours trouvé que Jarmusch c'était un peu surfait, un peu snob, sauf que là, j'ai trouvé qu'il y avait quelque chose de très puissant dans cette structure narrative, qui n'est pas nouvelle chez Jarmusch, mais qui est vraiment intéressante. Cette structure de trois chapitres séparés, avec ce réseau de correspondances, j'ai trouvé que c'était un film fin, sensible, subtil. Et puis les correspondances sont très intéressantes, parce qu'il y a cette montre, cette fausse Rolex, des skaters qui passent comme des anges, et j'ai trouvé ça assez beau. Dans ces correspondances, on pense au nouveau roman, à Robert Bresson ou à Alain Cavalier, dans les silences. On ne s'ennuie pas car ces trois histoires sont des énigmes qu'on essaye sans cesse de résoudre. Le point commun, c'est qu'elles sont toujours la même histoire : ce sont des parents qui érigent des murs invisibles pour se protéger de leurs enfants, et c'est ça qui est très étrange, c'est horrible pour ces enfants qui sont face à des parents menteurs qui ne veulent pas d'eux. C'est fascinant."

Jean-Marc Lalanne : de la déception initiale au bouleversement final

Jean-Marc souligne la puissance croissante d'un film qui révèle son sujet tragique au fil des chapitres : "Il faut dépasser une part de déception au début du film. Je pense que ça renvoie à la façon dont Jarmusch a conçu le film : c'est un long métrage qui infuse. Au départ, il ne se passe pas grand-chose. Et au fur et à mesure, le film se remplit et libère vraiment sa saveur. Le troisième segment du film est bouleversant, le sens général du film apparaît. C'est un film sur l'impossibilité, lorsqu'on est un ex-enfant devenu adulte, d'aimer ses parents lorsqu'ils sont en vie, et c'est quand même un sujet qui est terrible et tragique. Et tout à coup, on réalise que l'amour des parents jaillit lorsqu'ils sont morts et que c'est trop tard. Malgré tout, la perte est immense et rien ne peut la remplir et le film se termine sur ce gouffre. C'est très émouvant."

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