Les éleveurs de bovins s'inquiètent que l'accord avec le Mercosur ne tire les prix vers le bas. ©AFP - Hans Lucas / Lilian Cazabet
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Si les pays du Mercosur "sont très compétitifs sur nos produits agricoles les plus sensibles", l'Europe, "dans cette négociation, a pris toutes les précautions nécessaires" pour éviter un fort impact sur son agriculture estime Jean-Luc Demarty, ex-directeur général du Commerce extérieur à Bruxelles.

Les pays latino-américains du Mercosur et l'Union européenne doivent signer samedi au Paraguay un traité créant l'une des plus grandes zones de libre-échange au monde, après plus de 25 ans de négociations et malgré les inquiétudes du monde agricole dans de nombreux pays européens. Ensemble, les deux blocs représentent 30% du PIB mondial et comptent plus de 700 millions de consommateurs.

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La Commission européenne négocie cet accord depuis 1999 avec les membres fondateurs du Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay et Paraguay). A Bruxelles, une majorité d'Etats européens a récemment soutenu le traité, malgré l'opposition de plusieurs pays dont la France. "Nous avons pris toutes les précautions nécessaires", estime Jean-Luc Demarty, ancien directeur général du Commerce extérieur au sein de la Commission européenne, également ancien directeur général de l'Agriculture.

FRANCE INTER : Les pays du Mercosur sont les plus compétitifs au monde en ce qui concerne le bœuf, la volaille ou le sucre. Quelles précautions ont été prises en Europe pour protéger les agriculteurs ?

JEAN-LUC DEMARTY : C’est vrai que le Mercosur, par rapport à d'autres partenaires, est compliqué pour nous, pour les raisons que vous venez d'évoquer. Ils sont très compétitifs sur nos produits agricoles les plus sensibles, mais justement, dans cette négociation, on a pris toutes les précautions nécessaires. Avec des contingents tarifaires, donc des sortes de quotas en volume d'importation qui sont limités à de l'ordre de 1,5% de la consommation domestique, la consommation interne de toute l'Union européenne. Donc ce sont des quantités faibles qui auront un effet faible, et ceci parfaitement démontré, sur le marché de ces produits.

Donc contrairement à ce que peut par exemple affirmer la coopérative FEDER, spécialisée dans les bovins et les ovins, cet accord ne va pas tirer nos prix vers le bas ?

Il y a eu une évaluation très complète qui a été faite. La dernière - et je ne parle pas de celle faite par la Commission européenne, qui est un peu plus ancienne, mais celle de deux économistes très réputés, le Français Alexandre Gohin et l'Irlandais Alan Matthews - montrent que, d'une part, on gagne beaucoup dans l'accord Mercosur, de 0,2 à 0,4% du PIB. Et d'autre part, les effets sur l'agriculture sont très faibles, et sur la viande bovine, l'effet sur les revenus des producteurs de viande bovine est de l'ordre de 0,3% à la baisse.

Quand on sait que sur le marché de la viande bovine, le prix de marché, et je m'en réjouis pour les producteurs, a doublé depuis 2019, prétendre qu'il va y avoir des effets importants, ce n'est pas sérieux, d'autant qu'on importe déjà 200.000 tonnes de viande bovine du Mercosur, dans le cadre de contingents tarifaires existants, et on n'a vu aucun effet de ces 200.000 tonnes sur le prix de la viande bovine, alors que là, il s'agit de 99.000 tonnes, donc de quantité inférieure, donc je ne crois pas un seul instant que ce que raconte cette coopérative sera vérifié.

Un mot sur la traçabilité de la viande, pour les animaux en provenance du Mercosur. Elle ne commencera qu'à l'abattoir, c'est-à-dire qu'on ne saura rien des conditions d'élevage des bêtes dont la viande arrivera en Europe ?

De toute façon, je rappelle que les produits qui rentrent en Europe doivent respecter nos normes sanitaires et phytosanitaires, ne pas être engraissés à partir d'hormones ou à partir d'antibiotiques, même s'il n'y a plus de traces d'hormones et d'antibiotiques dans le produit final.

C'est vrai qu'il n'y a pas de traçabilité individuelle des animaux comme c'est le cas en Europe, ça n'a pas toujours été le cas, mais c'est le cas aujourd'hui. Mais pour autant, il y a des contrôles sérieux qui sont faits dans les pays du Mercosur. Nous avons eu un audit effectué au Brésil sur la viande bovine spécifiquement par les services vétériens de la Commission européenne au printemps 2024 et ces audits ont montré qu'il n'y avait pas de problèmes significatifs, Il y avait quelques problèmes marginaux, limités, et qui depuis ont été corrigés par le Brésil. Donc il ne faut pas non plus exagérer de ce point de vue.

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