Françoise Héritier - Nos Grandes Voix ©Radio France
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L'anthropologue Françoise Héritier expose ici ses recherches sur les origines de la différence des sexes et l'inégalité qui en découle. Elle examine les fondements culturels et les représentations collectives qui ont conduit à la domination masculine.

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Dans ce quatrième volet, l'anthropologue Françoise Héritier se confie sur l'origine de son intérêt pour la différence des sexes. Elle évoque également la question de ce qu'elle nommait "l'inceste du deuxième type" (consanguins qui partagent le même partenaire).

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L'inégalité des sexes, une construction ancestrale

Elle explore dans cet entretien les racines profondes de la différence et de l'inégalité entre les sexes. Dès l'étude des systèmes de parenté, elle constate que le langage lui-même véhicule une hiérarchie.

Dans certaines sociétés, les termes de parenté révèlent une asymétrie où le frère et la sœur ne disposent pas des mêmes appellations que deux frères ou deux sœurs entre eux. "Il y a inscrit cette idée d'une infériorité en âge, déjà, donc en génération, parce que la femme est cadette par rapport à un aîné", explique-t-elle, soulignant comment cette perception est ancrée dès l'enfance à travers le langage.

"Lorsqu’on se déplace d’une culture à une autre, on se rend compte que l’affectation des terminologies peut changer de sexe. Prenons l’exemple actif/passif. Chez nous "actif" est masculin, parce que si on essaye de l’expliquer, il implique la domination sur les choses", explique-t-elle, "mais si vous allez en Inde, ou en Chine, le passif est affecté du signe masculin. L’actif est féminin, mais c’est le passif qui est valorisé, parce qu’il signe la maitrise sur soi-même, non pas sur les choses. Et ce qui est important est la maîtrise sur soi-même."

Pour conclure : "Ce n’est pas la définition même des termes qui est porteuse d’inégalités, c’est le fait qu’ils soient affectés d’emblée du signe féminin ou du signe masculin. Ça repousse encore le problème."

La maîtrise du corps, clé d'une potentielle émancipation

Françoise Héritier avance que la domination masculine, loin d'être une fatalité, pourrait être remise en question. La science a démontré que hommes et femmes contribuent de manière égale à la procréation. Cependant, l'assignation historique des femmes aux tâches reproductives, en raison de la longue durée de la grossesse et de l'allaitement, a créé un déséquilibre.

Le droit à la contraception, acquis récemment au 20e siècle, représente un tournant majeur. "On sait maintenant que les deux sexes concourent exactement de la même manière à la procréation", affirme-t-elle. Ce contrôle de leur fécondité est essentiel pour sortir de la position de simples "reproductrices" et devenir des "procréatrices" autonomes, ouvrant la voie à une redéfinition des rapports de pouvoir.

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