A Washington, Donald Trump encourage ouvertement le mouvement de protestation. C'est la première fois que son soutien aux manifestants iraniens est aussi explicite.
La France convoque ce mardi l'ambassadeur d'Iran pour dénoncer la répression des manifestants. Comme d'autres pays, le Royaume-Uni, l'Allemagne ou encore le Danemark, le quai d'Orsay veut "dénoncer la violence d'État, qui s'est abattue aveuglément sur les manifestants pacifiques", mais la Maison-Blanche, elle va beaucoup plus loin.
Dans un message sur son réseau Truth Social, Donald Trump s'adresse aux patriotes iraniens avec l'injonction en majuscule. "Continuez à manifester, prenez le contrôle de vos institutions, les meurtriers et agresseurs payeront le prix fort", assure le président américain, qui précise avoir annulé toutes ses réunions avec les responsables iraniens jusqu'à ce que s'arrêtent les meurtres.
Aucun rendez-vous officiel n'était en réalité prévu, mais Donald Trump semble fermer la porte à la diplomatie pour le moment, et il ajoute à son message que "de l'aide est en route".
On n'en connaît pas la nature, mais l'option militaire est dans tous les esprits : d'après plusieurs médias américains, Donald Trump y serait plutôt favorable, alors que des membres de son administration comme J.D.Vance, le vice-président, tentent de l'en dissuader.
Plusieurs plans sont sur la table : une cyberattaque, des sanctions économiques... Donald Trump menace par exemple d'appliquer 25% de droits de douane en plus aux partenaires commerciaux de l'Iran, ou encore des frappes militaires. Une réunion est prévue aujourd'hui à la Maison-Blanche pour examiner ces différentes options.
"Il y a des consignes de viser l'œil"
Du côté des manifestants, le bilan est toujours difficile à obtenir. Une ONG basée à l'étranger évoque désormais 734 morts confirmés, sans doute beaucoup plus en réalité, ainsi que des blessés. L'une des méthodes des forces de l'ordre est de viser les protestants au visage pour leur faire perdre la vue.
Pendant le mouvement "Femme, Vie, Liberté" il y a trois ans, les ophtalmologistes iraniens avaient lancé un appel à l'aide. Leurs hôpitaux étaient submergés, des manifestants gravement blessés aux yeux : section du nerf optique, lésions de la rétine, iris perforés... Des blessures dues aux projectiles en caoutchouc, mais aussi aux balles métalliques à pointe creuse, volontairement tirés vers le visage des contestataires par les forces anti-émeutes. Les mêmes témoignages remontent aujourd'hui.
"Ils recommencent pour que ça soit visible, pour dire : 'vous osez, nous aussi on ose. Continuer à vous rendre aveugle'", raconte Fariba Hachtroudi, écrivaine et présidente de l'association Mohsen Hachtroudi, qui soutient les jeunes Iraniens dans leur lutte pour la démocratie. "Et ça, ça vient directement des gardiens de la révolution et de leurs affidés. Il y a effectivement des consignes, c'est ce que me disent les jeunes en Iran, de viser l'œil, de viser la vue, et d'instaurer la terreur totale."
Le régime des mollahs prolonge une symbolique ancienne : au XVIIe siècle, sous la dynastie des Séfévides, il était courant de rendre borgne ou aveugle un rival politique, pour l'écarter du jeu.