Détail de l'affiche de "Ma frère" - Lise Akoka et Romane Gueret
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Si le film séduit par sa vitalité linguistique et son casting d'enfants non formaté, il suscitedes réserves sur sa méthode et certains de ses choix de mise en scène.

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Ma frère, deuxième long-métrage de Lise Akoka et Roman Guéret, suit deux jeunes femmes, Shaï et Djeneba, animatrices en colonie de vacances dans la Drôme. Entre tours de banlieue parisienne et soleil estival, le film explore l'amour, la religion, la sexualité et l'émancipation à travers le prisme de l'enfance et de la jeunesse. Portées par Fanta Kebe et Shirel Nataf, déjà remarquées dans une web-série Arte des mêmes réalisatrices, les deux héroïnes incarnent une génération, et une langue d'aujourd'hui. Qu'en ont pensé les critiques du Masque et la plume ?

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Jean-Marc Lalanne : "J'ai rarement éprouvé récemment au cinéma un tel plaisir à l'écoute de dialogues"

Pour le rédacteur en chef des Inrocks, la force du film réside dans son travail sur la langue. "La manière dont les générations s'en emparent et en font quelque chose d'extrêmement créatif" procure du plaisir. Le critique salue aussi le casting des enfants, loin des standards habituels avec "une très grande disparité des corps, certains sont en surpoids, certains très renfrognés... Ce n'est pas normatif". Cette approche rappelle le film L'argent de poche de François Truffaut, où "l'enfance y est montrée comme une altérité, comme quelque chose qu'un adulte ne peut pas vraiment comprendre". Malgré ces qualités, il note "une décision du feel-good qui est presque un peu pesante" et "une dose de bon sentiment peut-être excessive".

Christophe Bourseiller : "La parole des enfants n'est pas si spontanée"

Le chroniqueur à France Inter pointe une réserve plus fondamentale sur la méthode des réalisatrices. Avant d'être cinéastes, Lise Akoka et Roman Guéret sont "coachs pour enfants" et ont largement tourné "à l'oreillette". Pour lui, "la parole des enfants n'est pas la parole spontanée des jeunes des quartiers, mais la parole de Lise Akoka et Roman Guéret". Il y voit "une reconstruction un peu néo-folklorique du parler des banlieues". Christophe Bourseiller cite une réplique dans le film sur les naturistes : "Les Français ils sont quand même décontractés", qu'il juge écrite par les réalisatrices. Pour lui, "il ne faut pas dire que c'est le reflet d'un nouveau parler populaire".

À écouter

Shirel Nataf, une révélation sur grand écran

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8 min

Marie Sauvion: "J'ai un coup de foudre pour les deux copines, pour les deux sœurs"

La journaliste à Télérama nuance la critique précédente en rappelant la méthode de travail des cinéastes, qui ont assisté à "une vraie colonie de vacances" avec "des centaines d'heures de rush" pour "retranscrire des choses en dialogue". Une approche qui évoque celle de Sophie Letourneur, qui a elle aussi réalisé un film de colonie, Roc et Canyon. Si elle trouve le film "peut-être un peu plus formaté" que Les pires, le précédent long-métrage du duo, elle confesse un "vrai régal" et un attachement profond aux deux héroïnes : "Leur langue, et j'allais dire, leur côté cash me paraît tellement emballant que j'ai passé un bon moment dans la Drôme".

Florence Colombani : "J'ai ressenti une gêne"

La critique au Point partage cet enthousiasme pour le travail sur la langue et le regard porté sur l'enfance, où "on a vraiment des personnages qui se dessinent et qui ont une complexité". Mais elle exprime une réserve majeure sur la scène du premier baiser, filmée en "hyper gros plan", où un garçon "se sent un peu forcé" sous la pression du groupe. "Je me demande comment les enfants qui jouent dans le film l'ont vécu, est-ce que vraiment ça devrait être une scène qu'on est en train de regarder", s'interroge-t-elle. Dans un contexte où les questions soulevées par Judith Godrèche sur la place des enfants sur les tournages résonnent encore, la critique confie : "Je ne suis pas à l'aise avec ce que le film me propose là-dessus". Elle aurait préféré "passer plus de temps" du côté des deux monitrices plutôt que dans ces "petits moments" ambigus.

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