“Les Échos du passé” (“Sound of Falling”) de Mascha Schilinski - Copyright Fabian Gamper - Studio Zentral
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Le deuxième long-métrage de Mascha Chilinski explore un siècle de conditions féminines dans une ferme allemande. Lauréat du prix du jury à Cannes, ce film entrelace les récits de quatre femmes à travers les époques. Découvrez les avis du Masque.

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Il s’agit du deuxième long métrage de la cinéaste allemande Mascha Schilinski, deuxième long métrage et déjà lauréat du prix du jury à Cannes, ex-aequo avec Sirat d’Oliver Laxe. Unité de lieu et multiplicité des temps dans ce film puisqu’il se déroule dans une même ferme de l’Allemagne du Nord à quatre époques différentes sur près d’un siècle. On passe d’une époque à l’autre quasiment sans transition, parfois grâce au son. On s’y retrouve avec les costumes et les personnages, qu’on identifie peu à peu.

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On suit, on quitte et retrouve alternativement quatre jeunes femmes, dont une petite fille. Le film épouse et entrelace leur regard. Si la maison dans laquelle elles vivent se transforme, des morts brutales et des secrets se font échos dans les vies de chacune. C’est finalement un siècle de condition féminine raconté en 2h30.

Marie Sauvion : un chef-d'œuvre hanté qui redéfinit le langage cinématographique

Pour la journaliste de Télérama, Les Échos du passé est une révélation artistique majeure qui bouleverse par sa mise en scène poétique et son exploration fascinante de la mémoire féminine à travers les époques : "C'est un de mes grands films de l'année. Il y a une mise en scène d'une poésie quantique, qui mélange les époques, un travail sur le son fascinant et un film  qui me hante. Il y a une  une grande liberté, des regards caméra qui vous foudroient sur place, avec une caméra subjective dont on se demande toujours quel fantôme on regarde à travers les trous de serrure, avec une caméra qui passe d'une pièce à l'autre et qui change d'époque. Cette fille, avec le budget cantine de Christopher Nolan, elle fait un grand film qui résonne profondément et on transporte des mois durant des images de ce continuum féminin qui est fait de douleur, mais pas que, qui est aussi un film de désir, d'évasion, avec le thème de la photo qui revient constamment. Je ne sais pas si je verrais un plus beau au cinéma cette année."

Christophe Bourseiller : une expérience déconcertante et incompréhensible malgré sa beauté plastique

Le journaliste a vu un film d'une lenteur éprouvante et d'une confusion narrative telle qu'il nécessite la lecture d'articles pour comprendre son propos : "C'est sûrement très quantique, mais je n'ai rien compris. 2h30 sans histoire, c'était tellement incompréhensible pour moi que j'ai dû lire des journaux après pour comprendre de quoi parlait le film, c'est quand même embêtant quand vous sortez de 2h30 et que vous ne savez pas de quoi ça parle. J'ai découvert que des femmes se suicident dans une rivière à l'approche de l'Armée rouge, alors que j'ai vu des femmes rentrer dans l'eau, mais à l'approche de l'Armée rouge, je n'ai pas vu l'Armée rouge, j'ai découvert que ça se passe dans le même décor, je n'avais pas remarqué parce que le décor est assez insignifiant. Il paraît qu'une petite fille comprend qu'elle remplace sa sœur décédée, qui portait le même nom qu'elle, alors là je suis désolé, il y a une petite fille blonde qui ressemble à une petite fille blonde qui est sur une photo. C'est d'une lenteur, d'un ennui... Cela dit, c'est très beau plastiquement, avec des magnifiques couleurs sépia."

À écouter

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Jean-Marc Lalanne : un mystère envoûtant porté par une construction audacieuse et des images puissantes

Pour le critique cinéma, la structure fragmentée et non chronologique du film crée une œuvre fascinante qui transcende le récit classique pour atteindre une dimension métaphysique : "Ce que j'aime dans le film c'est précisément ce que Christophe n'aime pas. J'ai le sentiment que si on remettait tout dans l'ordre, le film serait presque un peu plombé parce qu'il construit un destin féminin, et je pense que ce qui rend le film mystérieux, envoûtant, fascinant, c'est d'une part cette construction en mosaïque, que tous les liens soient relâchés, que le récit soit extrêmement lacunaire, troué. Et ça construit quelque chose qui va au-delà du scénario et qui touche au mystère du monde et même à la pratique du cinéma comme métempsychose. Alors qu'on observe, nous, dans la position du voyeur, les personnages se retournent et regardent la caméra, comme s'ils se savaient vus, il y a une espèce de jeu d'affrontement et de tension des regards qui est extrêmement puissant, et parfois les gens se retournent sur quelqu'un, mais parfois simplement sur nous, comme si on était à la place de ces fantômes et de ces âmes qui migrent, et ça c'est très fort, et le film s'ouvre sur quelque chose d'immense grâce à cet art du mystère."

Florence Colombani : un immense talent visuel gâché par une accumulation tragique accablante

Pour la journaliste au Point, malgré une beauté visuelle sidérante et des moments gothiques magnifiques, le film souffre d'un enchaînement trop lourd de drames qui accable le spectateur : "C'est la naissance d'un très grand talent, Mascha Chilinski, elle nous immerge dans des sensations, des fragments émotionnels et sensoriels, et le film est d'une grande beauté visuelle, qui sont liés à l'enfance et au monde des morts. Le film pêche quand il renoue tous ces fils narratifs qui sont assez faciles à suivre les uns et les autres. Il y a un moment dans la deuxième partie où tous les fils se rejoignent, il y a des tragédies dans chaque partie et à un moment on enchaîne une mutilation, un inceste, des tentatives de suicide, et on est accablé. Le fait qu'on ait cette accumulation de tragédies produit un effet à la Michael Haneke, un effet punitif d'accablement. Mais le mystère résiste à la révélation de tous les secrets. Et c'est le grand talent de la cinéaste, c'est qu'il y a cette poésie qui surgit du film, mais je trouve qu'il y a un moment où on est sonné."

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