Niki de Saint Phalle poursuit son récit autour de la liberté de création dans les années 1960. Elle insiste sur l’aspect féministe de ses œuvres monumentales, qui sont comme un hommage au monde courbe du féminin.
- Niki de Saint Phalle, artiste franco-américaine
Niki de Saint Phalle rendra public en 1994 un traumatisme, un moment grave et capital de son existence, le viol dont elle avait été victime de la part de son père quand elle avait douze ans, dans son livre Mon secret. Dans cette série d'entretiens enregistrée 3 ans auparavant l’artiste évoque le sentiment d'angoisse qui la poursuit depuis son enfance et du "sauvetage" qu’a représenté la puissance créatrice.
La liberté créatrice des années 1960
Avant les tirs, Niki de Saint Phalle pratiquait les collages. Elle dit avoir toujours été entourée de quelques amis qui l’encourageaient et cela lui suffisait. “C’était une époque géniale, les années 60, il y avait un air de liberté qu’on ne sent plus aujourd’hui". “C’était un climat très excitant ”, se rappelle-t-elle, et les tirs auxquels elle s’adonnait s’y inscrivaient complètement. Elle raconte l’impasse Ronsin (située dans le 15ème arrondissement de Paris au niveau de l’Hôpital Necker) qui était constituée de baraquements dans lesquels vivaient des artistes sans le sou mais avec une grande énergie créative. Plongée dans ses souvenirs, elle reconnaît que cela a dû être une période difficile pour sa fille de voir sa mère considérée comme une artiste scandaleuse et vilipendée par la presse. Elle-même avoue ne pas en avoir été tellement touchée et elle l’explique par sa mauvaise relation à sa propre mère : “si on n’a pas la bonne opinion de sa mère, alors on n’a pas besoin d’avoir une bonne opinion des autres puisque de toute façon on a une mauvaise opinion de soi-même. Donc on peut supporter si les autres sont contre vous. Et même ça donne une énergie ! ”.
À travers ses œuvres monumentales : une affirmation féministe
“Déjà en tant qu’enfant, je voulais avoir le choix de mon rôle”, affirme-t-elle passée la soixantaine. Son féminisme date de l’âge de douze ans mais elle n'a pas eu envie de se joindre pour autant à un mouvement féministe. Sa mère représentait ce qu’elle se refusait de devenir, une maîtresse de maison qui règne sur son intérieur : “ je voulais un domaine beaucoup plus vaste”. Tout son travail monumental prouve ainsi qu'une femme peut travailler dans ces dimensions. Elle confie que c’est son inconscient qui voit toujours plus grand dans ses réalisations : “j'ai la folie des grandeurs... féminines !”. Et même si elle pense le payer par une certaine solitude, elle dit ne rien regretter.
À l'origine des Nana
Elle revient sur la naissance de ses Nanas en retraçant brièvement son processus créatif, notamment en côtoyant une amie enceinte : “et subitement sont sorties ces femmes...”, raconte-t-elle. Elle détaille avec un certain amusement comment elle les fabriquait au tout début, aidée seulement de sa fille âgée de 14 ans, quand il ne s‘agissait encore que de bricolage. Les premières étaient constituées de grillages recouverts de laine, de tissus, de vieux draps déchirés emplis de colle qu’il fallait faire sécher. La technique la fascinait beaucoup.
À réécouter
L'équipe
- Romancier et poète
- Réalisation
