Depuis l’exil, le poète René Depestre recompose Haïti comme un puzzle intime, entremêlant mémoire de l'enfance, création et lucidité politique. Dans ce dernier volet de "L’homme et son lieu", il évoque la richesse syncrétique méconnue de la culture haïtienne, née de son histoire coloniale.
- René Depestre, poète et écrivain d'origine haïtienne
Écrit peu après son exil, Poème de ma patrie enchaînée annonce déjà les lignes de force de l’œuvre de René Depestre. Condamné à la distance, le poète fait de l’éloignement un outil de compréhension. En 1982, dans cette ultime partie de "L’homme et son lieu", il revient sur le destin d’Haïti, ses blessures, mais aussi sur l’extraordinaire vitalité culturelle que l'on trouve dans les légendes et le folklore, le vaudou ou encore dans ce mélange si particulier de français et de créole.
Haïti, entre mémoire et exil
Pour Depestre, sa vie se construit par fragments. À l’image de Jacmel, ville perdue de l'enfance, Haïti existe à la fois comme réalité historique et comme espace intérieur. S'il affirme porter avec lui "[ses] racines haïtiennes", ses errances et ses exils lui ont fait prendre conscience "d'une identité ontologique de l'espèce".
Décolonisation et recomposition
Écrivain de langue française en Haïti, Depestre assume "sans trop de drame" son bilinguisme, ce n'est pas là que réside sa souffrance. Pour lui, la décolonisation ne peut pas "être faite par décret", c'est un processus historique long, jamais achevé : "Il faut décoloniser et encore décoloniser."
Forgée dans la violence de la traite et de la plantation, la culture haïtienne est une culture de recomposition, explique le poète. Dépossédés de leurs repères africains, les ancêtres esclaves l'ont recréée et de cette extrême précarité naît une vitalité artistique et populaire qui refuse la résignation. Pour Depestre, le vaudou, cette religion créole née dans l’esclavage, est justement une création vivante, un espace de résistance. Mais devenu institution, il traverse aujourd’hui une crise, à l’image de la culture haïtienne tout entière.
À écouter
René Depestre : "Écrire pour moi c'est me battre avec la langue française"
Les Nuits de France Culture
37 min
- Par Claude Herviant et Jean-Pierre Spilmont
- Les chemins de la connaissance - L’homme et son lieu, 5 (1ère diffusion : 21/05/1982)
- Avec René Depestre (poète, romancier, essayiste)
- Edition waeb : Documentation de Radio France
- Archive Ina-Radio France
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