Des militants de la Coordination rurale, devant l'Assemblée nationale, à Paris, le 8 janvier 2026 ©AFP - Ludovic MARIN / AFP
Publicité

Menace de censure et menace de dissolution... Le traité commercial avec les pays du Mercosur enflamme le débat. A l'excès.

C’est reparti ! Menace de censure et menace de dissolution... En 2026, comme en 2025. Cette fois, pas à cause du budget, pas encore – ça viendra peut-être. Pour l’instant, à cause du Mercosur, et du traité commercial avec ces pays d’Amérique latine. Vendredi, après vingt-six ans de négociations, l’Union européenne a donné son feu vert, sans la France. Et même contre la France, qui s’y opposait. Mais en Europe, sur ce sujet, Paris est minoritaire. Emmanuel Macron voulait réunir assez de pays pour bloquer l’accord. Il a échoué.

Publicité

Va-t-il le payer ? Lui, ou plutôt le gouvernement ? Payer pour cette "capitulation", cette "trahison " ? Capitulation, trahison, ce sont les mots de La France insoumise et du Rassemblement national. Traduction ? Deux motions de censures, qui seront examinées en milieu de semaine. En pleine crise agricole, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen tentent de renverser le gouvernement. Réaction de l’exécutif ? Une autre menace. Menace de dissolution. Là aussi, comme l’an dernier. On se toise, on se jauge : Tu veux me renverser ? N’oublie pas que je peux te dissoudre. En mars, il y aura les Municipales. Il suffirait d’ajouter des Législatives.

Dissolution contre censure ! Je viens de vous résumer le spectacle politique du week-end… Le prochain épisode ? Probablement, rien. En tout cas sur ce sujet, le Mercosur. Il faut rester prudent : en ce moment, tout est inflammable, tout est possible. Mais le scénario le plus probable est là : pas de censure – les socialistes ne la voteront pas. Et pas de dissolution.

Une épée en plastique

Le Mercosur est-il un motif de censure ? Une raison suffisante pour bouleverser la vie politique française ? Politiquement, symboliquement, cet accord commercial est important. Economiquement, beaucoup moins. Sa portée est limitée. L’économie française ne dépend pas de ce traité, ni dans un sens, ni dans l’autre. L’agriculture française ? Non plus. Elle a des difficultés. Mais est-ce à cause du Mercosur, et d’un traité qui n’est pas entrée en vigueur, un traité virtuel pour l’instant ? Ce n’est pas sérieux. Le Mercosur a bon dos.

Et les arguments de la censure ? Etranges, eux aussi. Le Rassemblement national et La France insoumise accusent Emmanuel Macron et le gouvernement d’avoir "trahi". Mais la France a voté contre le traité, exactement comme les députés réclamaient, à la quasi-unanimité. L’exécutif a suivi le Parlement. Cette affaire, pour la France, est un échec diplomatique. Pas une trahison.

Allons plus loin. Si les opposants au traité veulent continuer à se battre, ils peuvent le faire. Mais où ? Au Parlement européen. C’est là que se joue maintenant cette bataille. Plus à l’Assemblée nationale. Les députés européens auront le dernier mot. Ils peuvent approuver le traité, ou le rejeter. L'avenir se joue donc à Strasbourg, pas à Paris. La censure sur le Mercosur ? Une épée en plastique.

Un monde parallèle

Cette double menace est un symptôme de notre vie politique, en roue libre depuis un an et demi, depuis la dissolution de 2024. Chacun joue sa partition. Chacun a sa logique. Le Rassemblement national veut faire tomber le gouvernement. La France insoumise veut faire partir Emmanuel Macron. Le gouvernement essaie de se maintenir. Le chef de l’Etat aussi. Ils n’ont pas de majorité. Leurs opposants, non plus. Pour l’instant, la situation est sans issue.

Alors en attendant la Présidentielle, l’an prochain, que reste-t-il ? Des menaces : de censure, de dissolution… On montre les muscles, dans un jeu de rôles répétitif. Le monde continue à tourner. La France n’a toujours pas de budget – tout est bloqué. La situation internationale est sidérante. Mais en France, le spectacle politique se déroule à part. Un monde parallèle, en vase clos, hors sol.

À écouter

Crise agricole, crise sans fin ?

Le Billet politique

4 min

À écouter

Mercosur : à quoi servent les clauses de sauvegarde ?

Le Journal de l'éco

5 min

À écouter

10 min

L'équipe

  • Journaliste à Radio France, éditorialiste à France Culture