Longtemps alliée des Etats-Unis, la Colombie hésite aujourd'hui sur la conduite à tenir. Donald Trump a menacé d'y mener une opération militaire comme au Venezuela. Son président Gustavo Petro se dit "prêt à reprendre les armes". Le président colombien est attendu à la Maison Blanche début février.
A Bogota et dans de nombreuses villes du pays, des dizaines de milliers de manifestants se sont pressés sur la place de Bolivar la semaine dernière à l'appel du président Gustavo Petro. Le message était clair : les Etats-Unis sont une menace dénonce Pablo Suarez. "Nous sommes ici contre l'impérialisme américain, car la Colombie a droit à sa propre souveraineté, à ne pas être une colonie des Etats-Unis, à ne pas voir pillées nos ressources, et c'est pour cela que nous mener cette lutte" explique l'étudiant en brandissant le drapeau du M-19, le groupe de guérilleros auquel l'actuel président a appartenu. Et il poursuit : "Le M-19 a toujours combattu pour le pays et ses ressources avec dignité. Le M-19 soutient le combat pour la patrie et l'indépendance".
Discours anti-américain rassembleur à gauche
A l'approche d'élections au Congrès en mars et présidentielles en juin, le discours anti-américain permet aux candidats de gauche de rassembler leur base. Et c'est exactement la stratégie de Duvan Lopez, qui se présente dans la capitale : "cette alliance si proche, qui a tant fait la renommé de notre pays est une amitié empoisonnée. Aujourd'hui, avec ce qu'il s'est passé au Venezuela, nous voyons clairement que les Etats-Unis ont toujours considéré notre continent comme un espace leur appartenant et où ils peuvent satisfaire leurs intérêts".
A quelques coins de rue, fleurissent désormais des drapeaux colombiens, symboles de la souveraineté du pays. Sur un pont autoroutier, des graffeurs ont écrit "3 janvier 2026, nous n'oublions pas".

L'interventionnisme américain pas mal par tous
Il y a donc d'un côté les partisans de Gustavo Petro - qui représentent un tiers du corps électoral -, et de l'autre ses détracteurs qui eux voient presque d'un bon œil l'interventionnisme américain. Rosa Luisa est coiffeuse. Elle fait partie de cette classe moyenne remontée contre le premier président de gauche de la Colombie. "Aujourd'hui tout cela nous préoccupe" avoue la quinquagénaire, "alors si Dieu le veut, Trump va agir. Et nous espérons qu'il s'occupera de Petro, qui lui ne nous aide pas beaucoup. Si les Américains viennent pour faire quelque chose de bien, alors bienvenue à eux".
Les cercles économiques préoccupés
Ce qui compte pour Rosa Luisa, c'est d'avoir une stabilité économique. Et c'est aussi la préoccupation des nombreux entrepreneurs. La Colombie exporte 28% de sa production vers les Etats-Unis. Jean-Claude Bessudo est patron d'une très grosse agence de voyage, membre de la Chambre de commerce américano-colombienne. Dans ses luxueux bureaux, l'homme d'affaires né en France ne se montre pas inquiet : "de temps en temps nous avons plus ou moins de difficultés pour les visas américains pour les Colombiens, mais la situation est normalisée. Là, il y a eu quelques escarmouches entre Trump et Petro, mais c'était plus du bla-bla. Aujourd'hui, ils sont en lune de miel et vont se réunir à Washington", rappelle l'entrepreneur.
Un modèle bouleversé par Trump
Pendant plus d'un siècle, la relation des gouvernements de droite colombiens avec les Etats-Unis s'est effectivement déroulée sans accrocs. Le pays mettant notamment en place le Plan de lutte contre les groupes armés et le narcotrafic, sous influence de la CIA. La présidence Petro, depuis quatre ans, modifie la donne. Mais selon la politologue Sandra Borda, c'est aussi la personnalité du nouveau président américain qui oblige à redéfinir cette relation. "Peu importe l'évolution de la politique intérieure en Colombie", analyse t-elle, "Trump ne croit pas aux relations d'alignement qui ont été forgées, il ne croit pas à la tradition en politique extérieure et privilégie une approche transactionnelle. Ce qui ne permet pas à la Colombie de maintenir le modèle d'alignement historique".
La Colombie peut aussi se tourner désormais vers la Chine. Les deux pays ont signé un traité de coopération. Et dans Bogota, ce sont les Chinois qui sont à la manœuvre des énormes travaux en cours pour mettre en service le premier métro de la capitale l'an prochain.