Avec Delphine de Vigan, écrivaine, pour son roman "Je suis Romane Monnier". Elle y raconte l'histoire d'un homme qui retrouve le téléphone d'une femme disparue, et qui va devenir accro à la vie que cet objet contient. Un roman sur les traces numériques et l'absence, à découvrir chez Gallimard.
- Delphine de Vigan, écrivaine française
Delphine de Vigan publie un nouveau roman, Je suis Romane Monnier, aux éditions Gallimard. L'ouvrage explore la thématique des traces numériques et de la disparition à travers l'histoire de Thomas, un homme qui découvre le téléphone d'une inconnue et accède à sa vie intime. Le roman aborde la question des traces que chaque vie laisse derrière elle, particulièrement à l'ère numérique. "C'était vraiment une des questions qui est au cœur du roman et qui d'ailleurs sans doute a été le point d'entrée, je voulais appeler le livre Les Traces aussi à un moment donné", confie Delphine de Vigan.
La confrontation entre traces matérielles et numériques
Le personnage de Thomas a accès à un journal intime numérique, pixélisé. Delphine de Vigan explique que la question des traces était au cœur de son projet : "C'est une question qui me hante, je dois dire, parce que je suis vraiment d'une génération qui est à la frontière entre les deux." Elle, qui conserve précieusement lettres, cartes postales et journaux intimes, constate que le numérique, bien que contenant des éléments intimes, noie le précieux sous un flot d'informations quotidiennes. L'écrivaine soulève une problématique essentielle : dans le téléphone, "le plus précieux est englouti parmi une abondance absolument phénoménale, pléthorique de traces qui probablement engloutiront le plus intime".
À écouter
La disparition et l'effacement de soi
Le roman aborde le thème de la disparition, qu'il s'agisse de la mère de l'enfant de Thomas ou de Romane Monnier elle-même :"je pense que nous avons tous en nous ces êtres absents qui nous hantent et qui reviennent." Et alors, comment cohabiter avec la trace qu'ils ont laissée en nous ?
Pour l'autrice, Romane Monnier, qui a disparu volontairement, "a sans doute éprouvé le besoin de s'effacer, de se mettre à l'abri". L'écrivaine précise : "Il y a un moment donné où tout ce bruit nous empêche de penser, nous empêche de réfléchir, et pour moi, Romane, c'est quelqu'un qui a éprouvé le besoin probablement de faire silence." Elle croit d'ailleurs que son personnage est vivant quelque part. Delphine de Vigan distingue la disparition de la mort : "Disparaître, c'est pas tout à fait la même chose que mourir, c'est quand même laisser la possibilité de revenir, de réapparaître, ou en tout cas l'interrogation, qu'est-ce qu'on est devenu, où on est allé...". Elle a d'ailleurs exploré la figure de l'effacement de soi dans plusieurs de ses œuvres, reliant des thèmes comme l'anorexie ou la perte du langage.
Le corps et le souffle de l'écriture
Delphine de Vigan révèle avoir écrit ce roman alors qu'elle apprenait qu'elle était malade. "J'avais commencé le texte avant d'apprendre que j'étais malade", confie-t-elle. Après deux opérations touchant à la respiration, elle a eu "le sentiment d'avoir le souffle coupé", ce qui a rendu l'écriture sur les traces "très compliquée".
Le livre, en creux, questionne également le corps, notamment l'absence de contact physique dans les traces numériques. L'autrice met en lumière la perte du "charnel" dans le numérique, contrastant un SMS d'amour avec un post-it manuscrit.
À écouter
L'équipe
- Productrice française de radio
- Réalisation
- programmateur
- programmateur
- programmateur
- programmateur
- programmateur
- Capucine Aubertprogrammateur
- Attaché(e) de production
- Cléa JournaultStagiaire


