Dr Denis Mukwege ©AFP
vidéo
Dr Denis Mukwege ©AFP
Publicité

Le gynécologue congolais Denis Mukwege, Prix Nobel de la paix, est l'invité de Sonia Devillers, à l’occasion du film “Muganga - Celui qui soigne” de Marie-Hélène Roux, en salles le 24 septembre.

Avec

Le docteur Denis Mukwege, figure emblématique de la lutte contre les violences sexuelles en République Démocratique du Congo, est allé à une conférence en Norvège et n'a pas pu rentrer dans son pays, l'aéroport étant bloqué par les rebelles. Malgré son absence physique, son hôpital à Bukavu continue de fonctionner et de prendre en charge les victimes, grâce à une équipe dévouée. Il raconte : "Ça, c'est une bonne nouvelle, c'est qu'en mon absence, l'hôpital continue de fonctionner, de recevoir les victimes de violences sexuelles, puisque le viol malheureusement continue."

Publicité

Un situation terrible au Congo

Le Congo, où l'on peut recueillir 80% des réserves mondiales de Coltan, est en proie à des violences effroyables. Ces derniers mois, les rapports des Nations Unies sur les viols commis sur les femmes et les enfants sont épouvantables. Le nombre de femmes violées, suppliciées, torturées par jour ne cesse d'augmenter. Une femme est violée toutes les quatre minutes. Et parmi les femmes qui sont violées, 30 à 45%, selon le rapport de l'UNICEF, sont des enfants. "Ces enfants, après, se retrouvent enceintes et vont avoir des enfants qui n'ont aucune filiation dans leur communauté, et ces enfants ne s'occupent pas des enfants qu'elles mettent au monde."

Docteur Mukwege a exercé  26 ans à la clinique de Panzi, à Bukavu. Il se désole que personne ne parle de ce qui se passe au Congo, comme il l'explique : "Cette guerre qui a maintenant duré presque trois décennies, c'est une guerre qui est complètement oubliée. Il y a l'absence de visibilité médiatique. Ce que nous vivons dans cette région, le nombre de personnes qui sont décapitées régulièrement, tous les jours, les femmes qui sont violées, ce sont des images qui n'existent pas, qu'on ne voit pas."

Le viol, comme arme de guerre

Qu'est-ce qui a évolué ? Qu'est-ce qu'il a vu changer dans la pratique de ces viols ? Docteur Denis Mukwege : "Malheureusement, lorsque nous prenons les registres de l'hôpital, on peut constater qu'il y a une évolution dans la façon de faire. Le viol est utilisé comme une arme de guerre dans cette région, ça veut dire que ce sont des viols qui sont méthodiques. Chaque groupe armé a sa façon de torturer, sa façon de violer les femmes, et donc ça veut dire tout simplement que ce n'est pas un fait du hasard, ce n'est pas un acte sexuel, c'est un acte qui est prémédité pour faire souffrir, pour humilier le plus et donc avoir une autorité sur la personne d'abord. Mais le fait que ça se fait souvent en public, devant les enfants, devant les maris, devant la communauté, ça entraîne des conséquences qui sont massives sur la population, puisque finalement, ce n'est pas seulement la victime qui va souffrir, mais le mari qui voit son épouse torturée en sa présence et qui ne peut rien faire. Lui-même est traumatisé."

Les impacts dramatiques de ces viols

Pour lui, l'impact de ce viol, ressemble à celui qu'on peut voir avec les armes classiques : "Pour la plupart de ces victimes de violences sexuelles que nous prenons en charge, lorsque les femmes sont violées de cette façon, en introduisant des objets étrangers dans les appareils génitaux, ce que nous constatons, c'est que le village se vide. Les femmes ont peur de rester dans le village, peur que ça puisse se répéter. Ça, c'est ce qu'on peut voir aussi dans un conflit qui utilise les armées classiques. Deuxièmement, la destruction de l'appareil génital va tout simplement avoir un impact sur la démographie. Donc vous ne tuez peut-être pas les gens mais vous empêchez cette population de pouvoir se renouveler en détruisant l'appareil génital de la femme. Et troisième chose, l'Afrique est portée par les femmes, j'ai toujours dit qu'en fait l'économie de l'Afrique repose sur les épaules des femmes, et lorsque vous détruisez les femmes, ça veut dire tout simplement que sur le plan économique, vous avez tout détruit."

-> Pour en savoir plus, écoutez cet entretien...

L'équipe

pixel