Margaret Atwood, icône littéraire, publie son autobiographie "Mémoires écarlates". À 86 ans, la romancière revient sur ses inspirations, notamment sa jeunesse dans la forêt canadienne et la genèse de son œuvre phare, "La Servante écarlate".
- Margaret Atwood, romancière et poète canadienne
Margaret Atwood, romancière canadienne, est devenue une rockstar. Son best-seller, La Servante écarlate, adapté en série, fait l'objet d'un culte. C'est une dystopie effrayante écrite dans les années 1980. L'Amérique y est sous le joug d'un ordre ultra-patriarcal, réactionnaire et autoritaire. Les femmes sont asservies, assignées à l'enfantement, à la natalité.
Partout où Margaret Atwood se rend aujourd'hui, on lui demande comment elle a vu venir la montée de l'ordre moral et religieux aux États-Unis. Son autobiographie, Mémoires écarlates, paraît aux éditions Robert Laffont. C'est une sortie mondiale. Dans toutes les capitales, le public se bat pour la rencontrer, pour entendre l'oracle. Sonia Devillers a eu la chance de l'interviewer le jour de son anniversaire. Margaret Atwood fait des blagues tout le temps, à 86 ans.
Son enfance dans la forêt, bercée par les contes
Le récit de son enfance est extrêmement touchant. Elle a passé de très nombreuses années avec ses parents dans de toutes petites cabanes dans la forêt canadienne. Son père était entomologiste. Sa mère avait un sacré caractère et chassait les ours à coups de balai. Mais le soir, au moment de se coucher, elle se métamorphosait en lectrice extraordinaire et lui a lu à voix haute des milliers d'histoires. Margaret Atwood n'était pas scolarisée : "Dans la forêt, on a ni de films, ni d'école, ni de théâtre, ni de télévision, ni de radio, alors c'était les livres." Elle aimait les contes singlants, terrifiants.
En anglais, La Servante écarlate est d'ailleurs titré "tale", "conte". Margaret : "Quand on regarde la couverture de l'édition américaine, la première, on voit donc deux servantes écarlates avec leur petit panier, mais leurs ombres sont des ombres de loups. On voit là Le Petit Chaperon rouge, l'image du loup, et donc en réalité ce que ça dit c'est que le Petit Chaperon rouge et le loup sont la même personne. Donc sous la tenue de la servante écarlate, il y a aussi un loup qui se cache."
La genèse de la "Servante écarlate"
Margaret Atwood a eu du mal à se lancer. Ce livre, elle l'a porté en elle longtemps, mais il lui paraissait trop bizarre, trop dangereux. Elle parle d'Hermès : "C'est le dieu qu'il faut invoquer quand on a besoin d'ouvrir une porte. Il va et vient librement entre deux mondes. Et on a besoin de ça." Elle ajoute, concernant le contexte : "À cette époque, on a élu Ronald Reagan aux États-Unis. Et c'était le commencement de la droite religieuse comme force politique. On a dit que les femmes devaient seulement être à la maison."
À la parution de ce livre, on l'a laissée relativement tranquille. La première adaptation au cinéma en 1990 commence à déclencher le scandale, qui sera total avec l'arrivée de la série en 2017. Elle était en train de tourner la série, quand Trump gagne pour la première fois l'élection présidentielle aux États-Unis. "Avec Trump, on a dit « Oh mon Dieu », c'est en train d'arriver, c'est ce qui est en train de nous arriver." On l'a alors vue comme une sorte d'oracle : "Je ne suis pas une prophète, je suis une historienne." Elle fait aujourd'hui l'objet de censure dans les écoles aux États-Unis.
Elle a essuyé des coups et des attaques tout au long de sa vie. Elle nous explique : "Parce que je suis Scorpion. C'est normal pour un Scorpion. Mais le Scorpion résiste à tout."
À écouter
L'équipe
- Productrice française de radio
- Réalisation
- programmateur
- programmateur
- programmateur
- programmateur
- programmateur
- programmateur
- Capucine Aubertprogrammateur
- Attaché(e) de production
- Cléa JournaultStagiaire


