Une saga familiale de 750 pages qui explore les secrets et les souffrances de plusieurs générations... L'écrivain Laurent Mauvignier présente son dernier "La maison vide" paru aux Éditions de Minuit au micro de Sonia Devillers.
- Laurent Mauvignier, écrivain
Un roman qui absorbe et obsède : 750 pages d'une saga familiale incontournable sur un siècle et demi. Le nouveau roman de Laurent Mauvignier, La Maison vide marque les esprits. Un mois et demi après sa parution, 65 000 exemplaires ont été vendus. Il est en lice pour plusieurs prix littéraires prestigieux : le Goncourt, le Femina et le Médicis. Il a déjà reçu le prix littéraire du journal Le Monde. Sonia Devillers, n'a pas échappé à la fascination :"C'est une puissance inimaginable de la littérature qui fait exister plus vrai que nature les corps, les rides, les rictus, les fausses modesties, les désirs louches, les petites humiliations, les vengeances sociales et le poids des traditions."
Une maison imaginée à partir de souvenirs d'enfance
Si Laurent Mauvignier affirme que la maison au cœur de son récit n'existe pas vraiment, sa genèse est bien réelle. L'écrivain a grandi en écoutant sa mère raconter l'histoire de son père, un homme du monde rural qui ne parlait guère : "C'est un livre écrit à hauteur d'enfant, né des récits que j'ai entendus quand j'étais petit", explique-t-il. Une demeure terrienne impressionnante, une famille bourgeoise attachée à ses terres, des générations soumises au devoir et aux conventions : tous ces éléments ont alimenté l'imaginaire de l'auteur, dont celui d'une arrière-grand-mère, figure centrale du roman, passionnée par le piano et les compositeurs allemands. Cette passion, Laurent Mauvignier l'a puisée chez René Boylesve, un auteur de sa région d'enfance, en Touraine, qui avait écrit une histoire où il était question de cet instrument de musique : "C'est une sorte de réminiscence".
Des personnes, pas des personnages
Parmi les prouesses du livre, l'impression de connaître les personnes : "Quand je commence un livre, les personnages sont au départ toujours des silhouettes un peu stéréotypées. Puis je creuse jusqu'à trouver un personnage. Et au fur et à mesure, on dépasse la notion de personnage pour avoir une rencontre avec une personne." Cela passe dans l'écriture par "l'envie de faire corps avec quelqu'un, d'essayer de le rencontrer vraiment à la fois intimement, et puis d'utiliser une langue qui embrasse les gens, et les situations. Et puis c'est presque en termes musicaux, ça, il y a des allers-retours entre la notion de personnage et de personne, et à la fin, je voudrais que le lecteur ressorte du livre en ayant la sensation d'avoir retrouvé des gens, des intimes."
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Une enquête généalogique pour comprendre le suicide du père
À l'origine du roman, un père se donne la mort alors que Laurent Mauvignier n'a que 16 ans. L'autre inspiration du livre est liée à sa grand-mère Marguerite. Enfant, quand il demandait à sa mère de lui parler d'elle, elle lui racontait qu'elle avait été tondue à la Libération pour collaboration horizontale, après avoir couché avec un Allemand pendant que son mari était prisonnier en Allemagne. Au lieu de la haïr, Laurent Mauvignier a voulu la comprendre. Car Marguerite, abandonnée par sa propre mère, puis mariée contre son gré, n'a jamais reçu d'amour et n'a pu en donner à ses enfants. Elle est morte à 41 ans, alcoolique et seule : "Ce qu'on me taisait était tellement affreux, tellement vertigineux, que j'ai eu besoin d'en parler, de l'écrire, d'essayer de le comprendre", confie l'auteur. Cette quête de compréhension généalogique s'inscrit aussi dans une réflexion plus large : si la première génération a survécu à Verdun dans le sang et l'héroïsme imposé, comment ces héritiers du trauma ont-ils pu vivre et transmettre cette blessure à leurs enfants ?
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Des corps sacrifiés, des silences imposés par l'Église et les conventions
Le roman de Mauvignier raconte l'histoire de femmes sacrifiées par le devoir conjugal et d'hommes prisonniers d'une virilité destructrice. Mais au-delà de ces destins individuels, le livre interroge le rôle de l'Église dans le maintien des mensonges familiaux. Jusqu'en 1983, l'Église refusait d'enterrer religieusement les suicidés. Quand le père de Laurent Mauvignier s'est tué, il a fallu que le médecin fasse un certificat affirment qu'il était mort des suites d'une dépression. Cette réalité historique éclaire le roman : les morts suspectes de Marguerite, et de ses descendants, ont été déguisés, tues, euphémisées. "Moi aujourd'hui quand j'entends dire que quelqu'un "est parti" ou qu'il "est décédé", je pense "Non, il est mort", affirme l'écrivain. La Maison vide devient une tentative de lever ce voile imposé par les convenances, de nommer enfin ce qui a été tu, d'humaniser ceux que les scandales ont transformés en fantômes familiaux.
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"La Maison vide" de Laurent Mauvignier, l'un des grands livres de la rentrée
Le Masque et la Plume
8 min
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