Joan Baez à Berlin en 2023 ©AFP - STEFANIE LOOS
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Joan Baez à Berlin en 2023 ©AFP - STEFANIE LOOS
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Le Grand portrait de Sonia Devillers est Joan Baez, pour son livre "Quand tu verras ma mère, invite-la à danser" (éd Points-Poésie).

Avec
  • Joan Baez, auteure-compositrice-interprète américaine de musique folk

Joan Baez, 84 ans, radieuse, drôle, généreuse, carnassière quand elle évoque Donald Trump. Elle a été de toutes les luttes politiques en Amérique, de tous les concerts mythiques des 60's et des 70's. Aujourd'hui, elle publie un éblouissant recueil de poésies rédigé dans les années 1990. À cette époque, Joan Baez connaît un grand effondrement intime, psychique, une crise qui l'oblige à affronter ses démons. La chanteuse n'est pas toute seule dans sa tête, ils sont plusieurs. Forcée de l'admettre, elle doit faire la paix avec les créatures et les voix qui l'habitent, tout ce petit monde intérieur a d'ailleurs participé à l'écriture des poèmes, du moins c'est ce qu'elle affirme. Elle parle de la maladie mentale avec beaucoup de simplicité et tant de douceur.

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Un trouble dissociatif de l'identité

Joan Baez a commencé à en parler dans un documentaire qui lui était consacré qui s'appelle I'm a Noise, elle a été diagnostiquée d'un trouble dissociatif de l'identité. De quoi s'agit-il ? "C'est difficile à comprendre pour n'importe qui, moi compris, mais ce qui se passe, c'est que quand on est petit et qu'on subit des violences, quelqu'un d'autre prend ces violences sur lui, quand c'est trop pour un enfant, c'est comme si on s'inventait d'autres personnages, ils s'inventaient eux-mêmes pour prendre différents rôles. Certains assumeront la colère, d'autres la peur, ce sont des personnages qui me protègent. Dans mon cas, tout ce que je fais est extrême, donc il y avait beaucoup de personnages, beaucoup de personnes. J'ai appris à les connaître, c'est comme ça que je suis allée mieux."

Plus d'une cinquantaine de personnages ont cohabité en elle. À l'époque, ils la protégeaient : "Ils avaient en tout cas de bonnes intentions, qu'ils soient bienveillants ou pas. Parce qu'à l'époque, pour me protéger, si certains devaient se comporter en salopard, ils le faisaient pour me protéger. Et puis, quand quelqu'un devait être tendre, c'étaient les tendres qui se manifestaient."

Ses poésies, ses sœurs, Bob Dylan et Leonard Cohen

Quand tu verras ma mère, invite-la à danser est un recueil bilingue de poésie intime. Il y a de très beaux textes sur ses sœurs, Pauline et Mimi, notamment des textes bouleversants sur leur mort.

Ce recueil de poèmes, c'est aussi l'album d'immenses figures de la pop, de la folk et du rock américain qui ont été ses compagnons de route. C'est un autre album de famille, dans lequel on rencontre par exemple Jimi Hendrix. En 1970, le concert mythique à l'île de Wight, et dans un très bref poème, elle écrit : « Jimi, tu as joué juste avant moi sur l'île de Wight, et on ne sait comment tu as mis le feu à la scène ».

Il y a aussi un étrange poème sur Bob Dylan, qui a été un des hommes de sa vie. Elle dit que Robert Zimmerman – c'était son nom – avait l'habitude de griffonner des rêves pensés. Dans cet album de famille musical, il y a aussi un texte très puissant, très étrange, sur Leonard Cohen.

À écouter

Une critique de Trump

Joan Baez critique aussi Trump et dit qu'avoir de l'empathie, c'est quelque chose de fondamental en politique. Joan Baez : "L'empathie dans le monde MAGA, le monde de Trump, c'est quelque chose qui disparaît, mais pas seulement, c'est quelque chose qui devient un gros mot pour eux, parce que ça veut dire qu'on est faible. La bienveillance ça veut dire qu'on est faible, l'amour veut dire qu'on est faible, alors ils sont en train de changer complètement le paysage des mots, ils changent tout. Et l'un des problèmes, c'est que l'extrême droite a étudié, a travaillé pendant 50 ans pour faire aboutir ce projet. Trump, c'est un coup de chance pour eux. Et tout ça s'est construit autour de lui et maintenant plus personne ne peut l'arrêter."

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