À l'occasion de la sortie du film "Father, Mother, Sister, Brother" de Jim Jarmusch, couronné d'un Lion d'or à Venise en 2025, l'actrice britannique Charlotte Rampling se confie sur son rapport aux silences familiaux et sur son parcours cinématographique.
- Charlotte Rampling, actrice
Charlotte Rampling sera à l'affiche mercredi 7 janvier 2026, du nouveau film de Jim Jarmusch, un triptyque sur les familles où les liens se distendent et les mots s'effacent. L'actrice britannique, qui a tourné avec tous les grands réalisateurs en 60 ans de carrière, y incarne une mère anglaise ultra guindée incapable de communiquer avec ses filles lors d'un tea time d'une gêne absolue. Un rôle qui fait écho à sa propre histoire, marquée par les non-dits et une éducation entre deux pays.
Une enfance entre deux pays et deux langues
Fille de militaire en poste à Fontainebleau, Charlotte Rampling arrive en France à l'âge de 10 ans. Plongée du jour au lendemain dans une école catholique sans parler un mot de français, elle décrit cette immersion comme une "autre vie planquée dans un mystère" : "J'étais sur le banc d'école, avec toutes les petites filles et les garçons, et jour après jour, je ne comprenais pas" et ce silence a laissé de la place pour son imaginaire. Cette période la marque profondément, tout comme la découverte d'une France qui contraste avec l'Angleterre d'après-guerre, marquée par les bombardements et le rationnement. Aujourd'hui, l'actrice se sent "au milieu de la Manche", partageant son identité entre les deux pays, tout en affirmant son anglicité fondamentale.
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Le thé, ce rituel du silence à l'anglaise
Dans Father, Mother, Sister, Brother, Charlotte Rampling incarne une mère anglaise incapable de communiquer avec ses filles. Un rôle qui fait écho à sa propre éducation marquée par les silences familiaux. "Le thé c'est pour être ensemble, mais pas nécessairement parler de quoi que ce soit", explique-t-elle. Et d'ajouter : "Dès qu'il y a un problème, ou dès que quelqu'un ne va pas bien, c'est le 'cup of tea' (une tasse de thé) qui va faire le mieux. Tout de suite, on fait une tasse de thé pour conforter l'autre." Mais sous cette apparente convivialité se cache une règle tacite : on ne met rien sur la table, "pas ce qu'on a dans le ventre, pas ce qu'on a dans la tête". On parle de la météo, comme le veut le cliché. Ce moment filmé par Jarmusch illustre cette capacité anglaise à maintenir les apparences d'une relation familiale tout en évitant soigneusement tout sujet qui pourrait créer une véritable connexion émotionnelle.
Le cinéma comme espace de liberté et d'exploration
Avec 60 ans de carrière et des collaborations avec les plus grands réalisateurs (Visconti, Woody Allen, François Ozon, Patrick Chéreau), Charlotte Rampling n'a jamais sollicité de rôles. "C'est toujours une invitation moi, un film, quelqu'un vient vers moi", explique-t-elle. Elle a choisi ses personnages en fonction de ce qu'ils pouvaient lui apporter personnellement, comme un moyen d'explorer et d'exprimer son monde émotionnel. "J'ai choisi ce qui correspondait à mon voyage intérieur. Quand je parle d'invisible, ce qui était important pour moi, c'est mon voyage intérieur, et je pouvais le donner au monde à travers différentes personnalités dans les films, donc j'ai choisi un petit peu qui je voulais être sans savoir qui je suis. Le cinéma m'a guidée", confie-t-elle.
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