Stephan Eicher - Martin Gallop
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Stephan Eicher - Martin Gallop
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Stephan Eicher, auteur compositeur interprète, est l'invité du Grand Portrait du jour. Son dernier album “Poussière d’or” est disponible depuis le 28/11.

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Stephan Eicher évoque son 18ᵉ album, ses 40 ans de carrière et surtout, un secret de famille longtemps tu : ses origines yéniches. Entre cassettes audio pixelisées, accordéon trop lourd et musique interdite, le chanteur suisse dévoile les strates cachées d'une œuvre qui fait semblant d'être nue mais qui est, en réalité, extraordinairement habillée.

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Un nouvel album qui trompe son monde

Pour Sonia Devillers, ce nouvel album de Stephan Eicher est "troublant, parce qu'il est trompeur, il fait semblant d'être nu, mais en fait il est très habillé". Pour son auteur, cette apparente simplicité est le fruit d'un pèlerinage singulier : son réalisateur canadien Martin Gallop, basé à Berlin, a parcouru 1000 kilomètres à vélo pour le rejoindre, lui envoyant chaque jour des selfies : "C'était comme un pèlerinage pour me séduire." Cette aventure symbolise parfaitement l'esprit de l'album : "m'occuper des chansons, de ma voix, mais lui laisser beaucoup de place pour les arrangements."

La pochette elle-même est un manifeste : une photo du chanteur à 23 ans, entièrement composée de minuscules cassettes audio. Cette œuvre signée par l'artiste allemand Gregor Hildebrandt raconte l'histoire d'un homme constitué uniquement de musique. Ces cassettes proviennent réellement de la collection personnelle d'Eicher, rangées "dans des grosses boîtes" avec cette rigueur helvétique qu'il revendique.

L'art de la neutralité et le refus de la victimisation

Comment naît une chanson aussi sublime que "Je plains celui" ? Pour Eicher, tout commence par le texte de Philippe Djian, qu'il imprime "toujours sur de très beaux papiers" en choisissant méticuleusement la typographie. Mais l'artiste révèle un détail capital : il a demandé à retirer deux passages du texte original. La raison ? "J'ai trouvé que l'homme était trop victime."

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L'accordéon trop lourd : métaphore d'un héritage impossible à porter

L'anecdote de l'accordéon de son grand frère, bien trop lourd pour l'enfant qu'était Stephan Eicher, devient une métaphore bouleversante. "C'était l'accordéon de mon grand frère, c'est un peu comme les vêtements qu'on porte des grands frères, ils sont toujours trop grands". Mais plus qu'un simple instrument inadapté, c'était surtout "le choix de votre père", comme une forme d'hérédité refusée.

Les Yéniches : quand la Suisse a voulu faire taire une musique

Stephan Eicher fait une révélation historique glaçante. Les Yéniches, ce peuple de gitans longtemps discriminé en Suisse, sont à l'origine de la musique folklorique suisse. "Ce sont les Yéniches qui ont transmis cette musique oralement car ils n'écrivaient pas leurs mélodies", explique Eicher. Jusqu'en 1972, la Suisse pratiquait ce qu'on appelait "la coutume" : enlever systématiquement les enfants des familles yéniches.

"Mes parents ont quitté le canton, ma famille vient de l'Est de la Suisse, et ils sont allés à Berne, où les Yéniches n'étaient pas…" La phrase reste en suspens, mais elle dit tout. Lorsque le chanteur a voulu montrer à son père un film documentaire sur cinq familles yéniches, incluant la sienne, la réaction fut brutale : "Il a immédiatement fermé l'ordinateur, il m'a dit 'il ne faut pas que les gens sachent'." Plus troublant encore, Eicher révèle : "Ma grand-mère devait être stérilisée, mais elle n'est pas allée au rendez-vous."

Aujourd'hui, Stephan Eicher n'a "pas de langage" à lui, naviguant entre français, allemand, anglais et bernois. Cette absence de langue maternelle unique fait écho à cette histoire d'une musique qu'on a tenté de faire taire, d'une culture qu'on a voulu effacer. Comme le constate amèrement le chanteur : "Ce sont toujours les gens qui ont des stylos qui écrivent, et pas ceux qui le chantent."

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