Peut-on encore tout dessiner en bande dessinée ? Lisa Mandel, dessinatrice et éditrice, et Marion Glénat, présidente des éditions Glénat, échangent sur la liberté de création, l'autocensure et l'impact des réseaux sociaux sur le 9e art.
- Lisa Mandel, autrice de bande dessinée, éditrice
- Marion Glénat, éditrice chez Glénat
France Inter consacre ce 7 janvier une journée à la bande dessinée, un secteur créatif qui est aussi le théâtre de nombreuses polémiques. La question posée dans cette émission est de savoir si la BD, historiquement espace de liberté, l'est encore aujourd'hui. Les éditrices Lisa Mandel, fondatrice de la maison d'édition Exemplaire, et Marion Glénat-Corveler, présidente des éditions Glénat, débattent de la possibilité de tout dessiner et de la tendance à l'autocensure parmi les éditeurs et dessinateurs.
L'évolution de la censure : des tribunaux aux réseaux sociaux
Marion Glénat-Corveler souligne que la liberté d'expression est essentielle au débat démocratique et qu'elle protège l'acte artistique. Elle observe un changement dans les contours de cette liberté : « Ce qui ne choquait pas il y a des années peut créer aujourd'hui de violentes polémiques ». Elle cite en exemple Le Guide du zizi sexuel de Zep et Hélène Bruller, qui avait déclenché quantité de polémique et de pétitions à sa sortie il y a 25 ans, arguant que la BD allait « dépraver la jeunesse française ». Selon Marion Glénat-Corveler, la censure s'est déportée d'un tribunal juridique vers un « tribunal populaire qui est celui des réseaux sociaux », ce qui représente un danger car elle s'exerce en dehors de la loi et des tribunaux.
Charte éthique et responsabilité des éditeurs
Lisa Mandel, de son côté, explique et défend l'instauration d'une charte éthique au sein de sa maison d'édition, exigeant des auteurices qu'ils ne produisent pas de contenu sexiste, raciste, validiste ou discriminant. Pour elle, éviter ces contenus est une base fondamentale. Elle explique que lorsqu'elle fait cette charte, elle pense à sa réalité « et à la réalité des gens qui travaillent chez nous et à la réalité de ce que moi j'ai envie de lire dans des bandes dessinées ». Elle reconnaît la nécessité de peser chaque mot, surtout en bande dessinée d'actualité, mais insiste sur le fait que « c'est la loi qui doit trancher, car le tribunal populaire c'est une horreur ».
L'élargissement du public et la multiplication des polémiques
Marion Glénat-Corveler explique que les éditeurs ne se censurent pas nécessairement mais qu'ils ont pris conscience de ce qui pourrait poser problème, et une maison d'édition comme Glénat sait aussi désormais accompagner ses auteurs s'ils sont pris à partie sur les réseaux. L'éditrice évoque un changement d'échelle de la bande dessinée française. Si celle-ci a toujours été un art transgressif, le public s'est « considérablement élargi », notamment en abordant des sujets sociétaux et en touchant un public féminin, autrefois moins représenté. « lorsqu'on est plus visible, on est plus exposé aux polémiques.»
Lisa Mandel, qui a commencé chez Glénat, observe un « retour de bâton avec une montée du masculinisme, de l'extrême droite » qui instrumentalise des termes comme le « wokisme ». Elle rappelle également le rôle d'éditeurs comme celui fondé par Jacques Glénat dans l'émergence d'une bande dessinée alternative, gay ou queer, et ainsi une certaine légitimité à porter ces questions.
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La suite de ce débat nuancé s'écoute dans cette émission...
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