La montagne Sermitsiaq au Groenland ©AFP - Odd ANDERSEN
Publicité

Le Groenland attise les convoitises depuis plus de trois siècles. Île autonome sous tutelle danoise, ses ressources minières la rendent très attractive. Dans ce contexte, quelle est la position des Groenlandais, devenus la cible de grandes puissances mais en quête de l'affirmation leur identité ?

Avec
  • Pia Bailleul, chercheuse postdoctorale au CERI et chargée de recherche au fonds Latour

Le président américain Donald Trump s'est donc mis en tête de s'emparer du Groenland. Ses aspirations reflètent une fascination de longue date des États-Unis pour cette île, qui remonte à plus de 150 ans. L'emplacement stratégique et les ressources précieuses du Groenland l'ont constamment placé dans le viseur américain. Mais les dirigeants groenlandais, cherchant à préserver leur indépendance, ont toujours résisté à ces avances.

Publicité

Cette relation complexe a traversé diverses phases, des premières tentatives d'achat des États-Unis au 19e siècle, qui envisageaient déjà le Groenland et l'Islande comme extensions possibles des territoires américains, aux tentatives de transactions pendant la guerre froide et même au-delà.

La valeur stratégique du Groenland a été mise en évidence durant la Seconde Guerre mondiale

Les États-Unis établissent alors des bases militaires sur l'île, sous le prétexte de contrer toute expansion européenne sur le continent américain. Après la guerre, malgré les attentes danoises d'un retrait américain, les forces sont restées sur place, soulignant l'importance cruciale de l'île pour la sécurité américaine.

La Guerre froide a vu une augmentation de l'intérêt stratégique du Groenland, en tant que "nécessité militaire". Cet intérêt des Etats-Unis s'est traduit par des propositions formelles, incluant une offre de 100 millions de dollars révélée plus tard par l'Associated Press. Ces offres ont été perçues comme des tentatives de domination plutôt que de partenariat, provoquant la consternation du Danemark.

En réponse à ces tentatives persistantes d'acquisition, les États-Unis et le Danemark ont conclu en 1951 un accord permettant la poursuite des opérations militaires américaines, sous le cadre de l'OTAN. Aujourd'hui, alors que l'Arctique se réchauffe, ouvrant de nouvelles routes maritimes et exposant des ressources auparavant inaccessibles, le Groenland réaffirme son autonomie. En décembre dernier le Premier ministre Groenlandais Múte Egede écrivait sur Facebook « Nous ne sommes pas à vendre, et nous ne le serons jamais », mais ajoutant « nous devons rester ouverts à la coopération et au commerce international avec nos voisins. »

Mardi, les élections législatives organisées au Groenland ont créé la surprise. Le parti Démocrates, favorable à l’indépendance, remportait 30% des votes. Election également marquée par une poussée des nationalistes. Jamais des élections législatives au Groenland n’avaient connu un tel retentissement international.

À écouter

44 min

Face à la convoitise et aux pressions du président américain l’île peut-elle sortir gagnante et tirer parti de la situation ? C’est la question à laquelle nous allons tenter de répondre…

L'équipe

pixel