Avec son premier roman "Le Mage du Kremlin" (Gallimard), Giuliano da Empoli plonge ses lecteurs dans la Russie de Poutine. Il est l'invité de L'Heure bleue...
« On disait depuis longtemps les choses les plus diverses sur son compte. Il y en avait qui affirmaient qu'il s'était retiré dans un monastère au mont Athos pour prier entre les pierres et les lézards. D'autres juraient l'avoir vu dans une villa de Soto Grande, s'agiter au milieu d'une nuée de mannequins cocaïnées et d'autres encore soutenaient avoir retrouvé ses traces sur la piste de l'aéroport de Charles de Sharjah, dans le quartier général des milices du Donbass, ou parmi les ruines de Mogadiscio. » Ainsi commence le nouveau livre de Giuliano da Empoli, Le mage du Kremlin. Ce nouveau roman est un portrait vénéneux de Vladimir Poutine, rédigé bien avant le déclenchement de la guerre en Ukraine.
Une adolescence en pleine mutation politique italienne
On connaît Giuliano da Empoli en France, depuis les années 2000, avec la publication de La peste et l'orgie, mais il a commencé à écrire bien avant, avec son premier livre Un bel avenir derrière nous qui a été publié en Italie en 1996 à seulement 22 ans dans un pays en pleine mutation politique : « L'Italie est considérée depuis cette époque-là comme l'expérience de Berlusconi. En 1994, la gauche revient au pouvoir avec Romano Prodi. C'est le début de ce que j'appelle le populisme, qui est un laboratoire d'expérimentation de solutions politiques de plus en plus extrêmes qui nous a conduits il y a quelques semaines encore au résultat des dernières élections et cette nouvelle expérimentation politique d'extrême droite. » L’écrivain a vécu au plus près les bouleversements de son pays : « Mon père a été victime d'un attentat des Brigades rouges quand j'avais douze ans. Il a survécu, mais cette dimension de violence politique, je l'ai intériorisée. »
Gorgia Meloni, le nouveau visage de la droite italienne conservatrice
Dans cet entretien avec Laure Adler, l’écrivain évoque Giorgia Meloni, le nouveau visage de la droite italienne ultra-conservatrice : « Elle a fait tout son parcours dans une culture fasciste. Elle en est profondément imprégnée comme une bonne partie de la classe dirigeante qu'elle porte aujourd'hui au pouvoir en Italie, y compris le nouveau président du Sénat qui vient d'être élu. Évidemment, ce sont des gens qui n'ont pas vécu directement l'expérience du fascisme, mais ils sont issus du mouvement post-fasciste qui s'est développé dans l'après-guerre. Mais très honnêtement, je ne pense pas que ce que l'Italie est en train de vivre puisse être considéré comme un retour du fascisme en Italie. Par contre, le régime de Poutine en Russie a un caractère beaucoup plus fasciste. »
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Son expérience politique utile à l’écriture du « Mage du Kremlin »
Après avoir publié des livres exceptionnellement documentés, Giuliano da Empoli s’intéresse très jeune à la politique. Il entre dans l’équipe de Matteo Renzi, le maire de Florence qui a pour mission de former un gouvernement. Renzi jettera finalement l’éponge après la publication des premiers résultats du référendum sur son projet de réforme constitutionnelle. Cette expérience du monde politique a nourri les livres de Giuliano da Empoli : « Je pense que je n'aurai pas pu écrire ce livre sans cette expérience. Et c'est même une des raisons pour lesquelles j'ai basculé dans la forme romanesque, parce que sinon je n'aurais pas pu utiliser cette expérience même s'il y a une grande différence en termes de culture politique entre la Russie et l’Italie. »
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"Nous basculons dans l'époque de la campagne permanente", estime l'écrivain Giuliano da Empoli
L'invité de 8h20 : le grand entretien
24 min
Une fiction au plus proche du pouvoir russe
Ce nouveau roman Le Mage du Kremlin tisse sa narration au cœur du pouvoir russe et suit le quotidien de son dirigeant, Vladimir Poutine : « La nature du pouvoir de Poutine est très violente. Elle se reconnecte de façon assez directe avec la domination la plus dure des années de l'Union soviétique. Poutine apparaît dès le départ comme quelqu'un qui n'appartient plus au jeu démocratique de Boris Eltsine. » Dans Le mage du Kremlin, on suit la métamorphose de Poutine : « Dans les dix premières années, il s'est entouré d’intellectuels, de metteurs en scène, de chanteurs, d’artistes russes qui vont s'approcher de lui parce qu'il va au théâtre, parce qu'il va écouter de la musique. Petit à petit, Poutine évolue vers un état de sidération et d'enfermement et devient extrêmement solitaire. C’est de cela aussi que parle mon nouveau livre. Concernant la guerre en Ukraine, elle peut continuer encore longtemps car il n'y a pas véritablement de limites à la brutalité russe. La stratégie que déploient les Russes aujourd'hui en Ukraine est la même que celle en Syrie. Ils répandent la terreur, car ils n’arrivent pas à imposer leur ordre. Ils n'ont pas réussi à renverser Volodymyr Zelensky et ils n’y arriveront sûrement pas, alors ils leur restent l’arme du chaos. »
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