Alors que Donald Trump répète depuis plusieurs mois sa volonté d'annexer leur territoire, les 57 000 habitants du Groenland ne sont pas rassurés. Ils sont pour la plupart tiraillés entre cette nouvelle pression et leurs sentiments encore compliqués face à la tutelle danoise.
À Nuuk, la capitale du Groenland, pays constitutif du royaume du Danemark et autonome depuis 1979, la population s'inquiète, en ce début d'année 2026. Donald Trump a émis l'idée d'acquérir leur territoire lors de son premier mandat, en 2019, mais ce qui sonnait comme une plaisanterie à l'époque devient une menace concrète depuis la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro.
Dans l'un des bars les plus prisés de la ville, situé au dernier étage d'un hôtel très huppé, les jeunes Groenlandais viennent y boire un verre ou danser. Lucas et Marc ont 26 et 27 ans, collègues de travail, guides touristiques dans la vie, sont venus se détendre dans ce monde où ils se sentent un peu sous pression, à cause de Donald Trump. "Je trouve ça fou, dit Lucas, ce qui me préoccupe le plus, c'est qu'il s'intéresse à nos minerais rares et s'il s'en empare, il va détruire la nature. Pour nous, les Groenlandais, la nature, c'est comme notre Dieu, s'il l'abîme, ça va nous blesser".
Déjà entre une position pragmatique et un vif rejet vis-à-vis du Danemark
L'indépendance totale de leur pays vis-à-vis du Danemark, ces jeunes Groenlandais en entendent parler depuis toujours, mais ont bien du mal à y croire aujourd'hui. "Peut-être qu'on sera indépendants un jour, dans quelques années, mais là, on n'est pas stables économiquement, nous avons besoin du Danemark", poursuit Lucas. Marc explique : "On n'a pas notre propre armée, donc on a besoin du Danemark, de l'OTAN et de tous ceux qui peuvent nous aider en ce moment. Personnellement, je préfère dépendre des Danois que des Américains."
Pourtant, la majorité des habitants de Nuuk sont catégoriques, ils ne veulent être ni sous la tutelle du Danemark ni sous celle des États-Unis. Dans sa boutique de souvenirs, Sophie, grand sourire, montre une petite statuette chamanique censée protéger du mal : "Vous pouvez acheter un 'Tupilak' pour vous ou votre famille. Je veux une protection contre ce diable de Trump et du gouvernement danois", dit-elle dans un rire.
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À Copenhague, les Danois sont mitigés face aux menaces de Donald Trump sur le Groenland
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Certes, le président américain l'insupporte : "Je suis en colère parce qu'ils ont dit 'on a besoin du Groenland', mais en fait, il a besoin de notre argent, pas de nous." Mais Sophie dénonce aussi la relation toujours inégale aussi entre le Groenland et le Danemark : "Ici, on a des entreprises, mais elles sont danoises, les patrons ne sont pas groenlandais, je ne sais pas pourquoi."
Une histoire douloureuse et un désir d'indépendance
Personne ici n'oublie l'histoire douloureuse des Inuits, peuples autochtones du Groenland, opprimés durant plusieurs siècles de colonisation danoise. Les Inuits représentent 88% de la population sur l'île, aujourd'hui. Sophie, qui en fait partie, raconte notamment le sort de ces femmes groenlandaises stérilisées de force par les autorités danoises, jusque dans les années 70. Il y a eu au moins 4 000 victimes. "Deux de mes tantes n'ont pas pu avoir d'enfants à cause de ça, témoigne Sophie. Les filles, ils leur inséraient des stérilets de force. C'est pour ça que les Groenlandais ne sont pas nombreux.'C est très triste". Elle ajoute : "Moi, j'espère qu'un jour on sera indépendants, pas danois, pas américains, juste groenlandais."
À 75 ans, Per Berthelsen est le doyen du Parlement du Groenland, fondateur des démocrates, parti majoritaire, indépendantiste. "On veut être groenlandais, oui, dit-il, mais aujourd'hui, il faut arrêter de regarder en arrière et de critiquer le Danemark. Utilisons notre énergie, notre force, pour tenter de trouver un terrain d'entente, pour satisfaire toutes les parties et de manière pacifique". Pacifique, "à l'image de notre peuple", conclut-il.
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- Carol SandevoirÉdition
