Après une répression particulièrement intense des manifestations ces derniers jours, le calme est revenu dans les rues de Téhéran. - ATTA KENARE / AFP
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La répression particulièrement sanglante des derniers jours a étouffé la contestation dans la rue. Internet reste coupé, mais les Iraniens rencontrés à la frontière avec la Turquie, et qui quittent leur pays, sont encore hantés par les images.

Il attend un ami en se réchauffant au poil à bois d'un baraquement de fortune : cet Iranien part, sans savoir pour combien de temps. Il souhaite bien sûr rester anonyme, mais il veut parler. Il vient de Rachet, une ville du Nord, et décrit "des rues noires de monde, des familles depuis les grands-parents jusqu'aux petits-enfants sorties pour conspuer le régime".

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"Bien sûr, ils ont leur propre narratif à la télévision d'État. Ils disent que ce ne sont pas des gens, mais des terroristes financés par Israël ou les Etats-Unis", raconte-t-il. "Mais moi j'y étais, et je peux vous dire que 90% des gens étaient des gens ordinaires, et je suis heureux d'avoir l'occasion de le dire, car vous ne pouvez pas en parler en Iran. Ils prennent les antennes satellites, ils ont fermé Internet, ils menacent les gens, ils identifient ceux qui étaient dans les rues."

Des rues "couvertes de sang"

Un jeune coach sportif rapporte que c'était "calme" dans sa région - il est kurde - mais pas dans la capitale. "À Téhéran ou Ispahan, les rues sont couvertes de sang, c'est terrible, c'est comme un génocide", alerte-t-il. "Ils ont tiré avec des armes de guerre, pas des fusils, des armes de guerre, et d'après ce que j'ai entendu, 70% des victimes ont entre 16 et 22 ans, et plus de la moitié sont des adolescents.

"Il n'y a pas de chiffre fiable, parce que, comme vous le savez, il n'y a pas d'Internet, mais je dirais qu'il y a sans doute au moins 5000 morts", estime-t-il. Selon l’ONG Iran Human Rights (IHR), basée à Oslo, au moins 3 428 manifestants étaient morts. L'organisation décompte aussi plus de 10 000 arrestations.

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