Aimé Césaire aborde dans ce dernier entretien plusieurs thèmes, notamment son individualité, sa philosophie de la mort liée à la nature, et son inquiétude face au racisme et à l'état du monde.
- Aimé Césaire, écrivain et homme politique français
Dans ce dernier entretien, nous gagnons en profondeur dans la pensée d'Aimé Césaire. Les présentations sont faites, l'histoire est racontée, la philosophie peut alors commencer.
L'identité et la réputation
Il reconnaît que l'orgueil est "nécessaire à chaque homme pour qu'il continue à traverser la vie". Néanmoins, il se sent "gêné d'être précédé de la réputation" d'être Aimé Césaire. Ce qu'il désire ? "Être simplement, être reçu en tant qu'homme", avec le droit "de dire des bêtises ou de me tromper".
Césaire proclame ensuite une acceptation complète de son identité, écrivant dans un des textes lus dans cet épisode : "J'accepte entièrement, sans réserve, ma race qu'aucune ablution d'isope et de lisse mêlée ne pourrait purifier" puis, plus loin, "ma race rongée de macules, ma race raisin mûr pour pieds ivres".
La mort
Concernant la mort, Aimé Césaire affirme tout d'abord, avec un petit sourire : "Ah, c'est un petit problème !" Il se console en croyant très fortement que "les morts sont là et ne sont pas morts". Pour lui, sa mère, son père "ne sont pas entièrement morts". Sa femme Suzanne, "il y a des moments où elle est carrément vivante pour moi", confie-t-il à Édouard J. Maninck.
Sa philosophie de la mort vient du "vieux nègre fondamental qui est en moi". Il s'aperçoit qu'elle découle du "vieux culte païen que j'ai de l'arbre, car je suis très végétal", l'arbre symbolisant une conception de la vie, de la mort et de la "germination de la mort". Il accepte, ici une fois de plus, son "originale géographie" et définit alors la négritude non par la biologie, mais comme étant "mesuré au compas de la souffrance".
Famille, tribu et puissance : la vision du monde d'Aimé Césaire
L'entretien aborde ensuite sa relation à sa famille (sa "tribu"), qui fait partie de cette même notion d'arbre. Il explique que son comportement est lié aux "forces telluriques" et au "saisissement de la nature", typiques d'une "civilisation d'avant la machine".
Abordant les avancées technologiques comme l'homme sur la Lune, sept avant avant l'enregistrement de cet entretien, il semble ne pas en être touché, et se trouve d'autant plus choqué par une forme de "disproportion" et le "mauvais usage de la puissance". Il critique d'ailleurs le fait que les Américains sont capables d'aller sur la Lune, mais "ils ne sont pas capables d'aménager leur rapport avec leurs propres concitoyens américains parce qu'ils sont noirs".
Concernant l'Europe, Césaire évoque un malaise fondamental qui réside dans la difficulté de l'homme européen à "aménager les rapports avec les autres hommes". Il soutient que l'Europe a misé sur la puissance, développant la raison "de manière presque monstrueuse" non seulement pour comprendre, mais *"pour dominer"—*ce même culte de la raison qui a conduit "tout droit à un totalitarisme".
Être du côté de la fraternité
Malgré ces constats, Césaire croit à la "double postulation" chez l'homme, qui est à la fois un être de domination et un homme aspirant à la fraternité. Il déclare avoir fait son choix : "moi j'ai choisi, moi du côté de la fraternité".
Interrogé sur l'avenir, il se dit "extrêmement inquiet" de l'avenir des Antilles et "angoissé par les perspectives africaines". Il observe que l'abîme entre les peuples développés et non développés ne fait que "s'élargir". Sur le racisme, même constant : nous sommes en 1976 et affirme que la société est "beaucoup plus raciste à l'heure actuelle" qu'avant 1939. Il conclut que l'action nécessaire est alors de travailler à former et à armer les peuples pour qu'ils subissent moins et qu'ils transforment "l'événement en décision, et le destin en histoire".
Césaire, en guise de conclusion à cette série de cinq entretiens réaffirme qu'il est "plus urgent que jamais de pousser ce grand cri nègre".
L'équipe
- Edouard MaunickProduction déléguée
- Collaboration
