Donald Trump, décidé à s'emparer du Groenland, affirme désormais qu'il a besoin de ce territoire "pour sa sécurité nationale" dans le cadre de la construction de son "Dôme d'or", un bouclier anti-missile. Une réunion s'est tenue avec des représentants danois à la Maison-Blanche.
Si Donald Trump utilisait la force militaire pour prendre le contrôle du Groenland, cela voudrait dire qu'un pays membre de l'Otan s'en prendrait à un autre pays membre, le Danemark. Emmanuel Macron redoute des "conséquences en cascade", et Sébastien Lecornu a évoqué cette menace ce mercredi à l'Assemblée nationale.
"Il est clair que les intentions de l'administration Trump sont sérieuses et que nous ne devons absolument pas sous-estimer la parole du président américain", lance le Premier ministre. "Cela positionne aussi évidemment la diplomatie française dans une pleine solidarité avec le Danemark et les autorités légitimes du Groenland."
Sébastien Lecornu a tenu à rappeler que "le Groenland est un pays et territoire d'Outre-mer, que la France aussi a ses territoires ultramarins, et que pour rien au monde, nous voulons voir la remise en cause" de la souveraineté des autres territoires. "Nous n'accepterions absolument pas la remise en question de la souveraineté française sur nos propres territoires", conclut-il.
Une "proposition de rachat" en cours d'élaboration
Le vice-président américain J.D. Vance et le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, ont reçu les ministres des Affaires étrangères danois et groenlandais. La rencontre a été assez brève, une cinquantaine de minutes au bâtiment Eisenhower, à côté de la Maison-Blanche.
Aucune déclaration n'a été faite pour le moment, mais dans un message ce mercredi matin, Donald Trump a répété que les États-Unis "avaient besoin du Groenland pour des raisons de sécurité nationale". Il demande à l'OTAN de soutenir sa démarche et pour la première fois, il a fait le lien entre l'île de l'Arctique et un ambitieux projet de bouclier anti-missile, le Dôme d'Or.
De leur côté, le Danemark et le Groenland ont sans doute tenté de rassurer Washington sur le fait que le territoire était entre de bonnes mains. Le Danemark renforce la présence militaire sur place dès aujourd'hui.
Mais l'administration Trump tient une ligne dure, et veut prendre possession du Groenland. La Maison-Blanche a publié cet après-midi un dessin sur le réseau social X, montrant un traîneau tiré par des chiens avec deux destinations : les Etats-Unis d'un côté, la Russie et la Chine de l'autre. D'après la chaîne NBC, Marco Rubio a été chargé d'élaborer une proposition de rachat. Le prix du Groenland serait estimé à 700 milliards de dollars.
Au Groenland, des habitants inquiets
Le premier ministre du Groenland, lui, n'a pas été convié à Washington. Donald Trump affirme ne même pas connaître son nom, mais Jens-Frederik Nielsen affirmait ce mercredi matin : "le Groenland n'appartiendra pas aux Etats-Unis".
Sur place, cette menace angoisse les habitants et particulièrement les défenseurs de l’environnement et du climat. Les sous-sols de ce territoire, quatre fois plus grand que la France, regorgent en effet de minerais rares.
Jensirak Poulsen dirige une ONG dédiée à la protection des océans au Groenland. Voir sa terre natale être dirigée par Donald Trump, "ce serait tout simplement une catastrophe", dit-il. "Depuis qu'il est à son poste, il s'est retiré de tous les accords, sur les océans, de l'accord de Paris aussi... Nous sommes très inquiets."
"C'est juste pour un bénéfice économique à court terme"
D'autant que le militant témoigne, jour après jour, des effets du changement climatique dans l'Arctique. "Là, nous sommes à Nuuk. Toute la neige que vous voyez, en réalité c'est très peu. Il devrait y en avoir beaucoup plus. Il devrait faire beaucoup plus froid, on est entre 10 et 15 degrés de plus que la moyenne, j'ai du mal à réaliser", s'inquiète-t-il.
Comme beaucoup de militants écologistes, Jensirak Poulsen est persuadé que Donald Trump convoite surtout les richesses minières de l'île. Il n'a pas du tout envie qu'on lui donne l'occasion de s'en saisir.
"On parle de graphite, de zingue, d'or, d'uranium, mais ce ne sont pas des ressources vivantes comme le poisson qui peut se reproduire. Si vous les déterrez, c'est fini, ça disparaît, donc c'est juste pour un bénéfice économique à court terme", poursuit-il. "Dans le monde occidental, la logique tourne autour de l'argent." Mais pour les Groenlandais, "c'est la nature avant tout".