Capture d’écran d’une vidéo amateur : affrontements avec les forces de l’ordre au bazar de Téhéran le 6 janvier ©AFP - UGC / AFP
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On compte déjà 45 morts dans la répression du soulèvement en Iran, né d’une protestation contre la vie chère et devenu une contestation du régime des mollahs. La mise en garde de Donald Trump et la chute de Maduro au Venezuela pèsent sur la situation incertaine.

Qui faut-il croire ? Le président iranien Massoud Pezeshkian, qui appelle à « la plus grande retenue », au « dialogue » et à « l’écoute des revendications du peuple » ? Ou le guide suprême, l’Ayatollah Ali Khamenei, qui dénonce « la main de l’ennemi » derrière les manifestants, et leurs slogans contre l’Iran et, dit-il, contre l’Islam ?

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La réalité du pouvoir en Iran montre que c’est le Guide qui donne le ton ; c’est lui qui commande aux Gardiens de la Révolution chargés de la répression. Or, 12 jours après le début des manifestations, qui se sont étendues à une bonne partie du pays, on relevait hier 45 morts, selon une ONG de défense des droits humains. Ce ne sont pas encore les centaines de morts relevés lors de soulèvements précédents, mais c’est un bilan qui ne cesse de grimper.

Plus inquiétant encore, internet est de plus en plus coupé, ce qui pourrait être annonciateur d’une répression accrue. Dans ce pays ultra connecté, les autorités veulent empêcher la circulation d’informations qui nourrit la contagion d’une région à l’autre.

Le régime est-il menacé ? C’est toujours la question dès qu’un mouvement de protestation prend de l’ampleur en Iran : peut-il faire tomber le régime des mollahs, en place depuis plus de quatre décennies ?

L’actuel mouvement est le sixième ou le septième depuis 2017, chacun avec ses spécificités, et des déclencheurs différents, sociaux, ou sociétaux. Mais à chaque fois, les revendications deviennent vite politiques : elles remettent en cause la nature du régime, sa faillite et son incapacité à se réformer après de nombreuses illusions.

Cette fois, trois éléments inédits : d’abord l’ampleur de la crise économique qui a poussé dans la rue les commerçants du bazar suivis par la classe moyenne paupérisée. La chute abyssale de la monnaie iranienne rend la vie quotidienne infernale. Le gouvernement vient d’octroyer aux plus pauvres une allocation de quelques dollars qui ne résout rien.

Par ailleurs, le contexte est totalement inédit. D’abord l’affaiblissement du régime après les guerres régionales avec Israël, suite au massacre du 7 octobre. L’Iran a même subi en juin des bombardements israéliens et américains. Il est toujours debout, mais affaibli, amputé de son « arc de résistance ».

L’autre élément, c’est ce qui vient de se produire au Venezuela, avec la capture du président Nicolas Maduro, un allié de Téhéran, par l’armée américaine. Et la mise en garde de Donald Trump à l’Iran : « on va s’en occuper » a-t-il dit, en cas de répression sanglante. C’est la première fois qu’un dirigeant américain évoque des raisons intérieures pour menacer d’agir contre le régime iranien.

Les conséquences sont imprévisibles. Les Iraniens sont divisés entre ceux qui en sont venus à espérer une intervention extérieure à force d’échecs et de sang ; et ceux qui sont farouchement contre et pensent que ça fait le jeu du régime. A l’image d’une opposition morcelée. Mais il y a aussi la réalisation qu’au Venezuela, Trump n’a pas agi au nom de la démocratie, il a même laissé en place le régime décapité, de quoi faire déchanter pour ceux qui espèrent plus.

Pour toutes ces raisons, le soulèvement iranien est encore incertain. Le seul élément incontestable, c’est le courage de ce peuple qui ne cesse de chercher à abattre les murailles qui l’enferment, jusqu’à ce qu’un jour, elles cèdent.

L'équipe

  • Journaliste, chroniqueur géopolitique à France Inter
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