Donald Trump répond aux questions des journalistes dans l’avion qui la ramène à Washington, dimanche 4 janvier. ©AFP - JOE RAEDLE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP
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À qui le tour ? Dans des déclarations à la presse, Donald Trump dresse sa liste de cibles après le Venezuela : la Colombie, Cuba, et le Groenland, dépendance du Danemark, membre de l’OTAN. Ce serait la fin de l’OTAN si les États-Unis usaient de la force, selon la Première ministre danoise.

À qui le tour ? Cela peut sembler une manière un peu triviale d’évaluer les suites de l’intervention américaine au Venezuela. Mais c’est Donald Trump lui-même qui s’est livré à ce jeu de massacre dans l’avion qui le ramenait de Mar-a-Lago à Washington.

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Ce qui frappe d’abord, c’est la légèreté avec laquelle le président des États-Unis, en roue libre avec des journalistes qui lui tendent des micros complaisants, désigne des cibles ; en l’occurrence des pays souverains dont il se verrait bien renverser les régimes ; celui de la Colombie, ou celui de Cuba, « prêt à tomber » selon lui. Tout ça au nom de cette nouvelle « Doctrine Monroe », rebaptisée « Donroe » en hommage à Donald, qui donne à Washington un pouvoir hégémonique sur les Amériques « qui ne sera plus jamais contesté », a-t-il dit.

Une faute : le Groenland

Dans cette liste, une erreur, ou plutôt une faute : le Groenland, dont il a répété que l’Amérique devait le posséder, et dont il s’occuperait dans une vingtaine de jours. Sauf que, contrairement aux autres « proies » désignées par Trump, qui ne sont pas des amis des États-Unis, le Groenland est une dépendance du Danemark, membre de l’OTAN et de l’Union européenne, l’un des alliés les plus loyaux de Washington.

Mais cela ne change rien pour Trump, et c’est bien le problème. La revendication sur le Groenland, qui pouvait passer il y a un an pour une plaisanterie un peu lourde, est devenue embarrassante. La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a souligné hier qu’il fallait prendre Trump au sérieux. Le Premier ministre du Groenland, Jens Frederik Nielsen, a dénoncé de son côté les « fantasmes d’annexion ».

Mais si nul ne serait vraiment surpris par la déstabilisation du régime cubain, imagine-t-on ce que représenterait un coup de force américain contre un membre de l’OTAN ? Ca serait la fin de l’OTAN, selon la première ministre danoise.

Il reste donc vingt jours, si l’on en croit les confidences de Trump, pour l’en dissuader. Le commandant en chef de l’OTAN, un général américain, se trouve aujourd’hui à Paris pour une conférence sur l’Ukraine ; il serait bien placé pour expliquer à Donald Trump que ça ne se fait pas.

Le monde entier doit revoir ses plans

La semaine dernière, le président américain avait également menacé Téhéran d’une action des États-Unis si le régime tuait les manifestants qui protestent depuis plusieurs jours. Cela pouvait sembler des menaces en l’air avant le Venezuela : les dirigeants de la République islamique doivent réévaluer leurs plans de survie. Eux aussi se disent qu’il faut prendre Trump au sérieux.

De fait, le monde entier doit revoir ses plans, avec un Président américain dopé par sa puissance militaire effective, et totalement désinhibé. Quelles conclusions doit-on en tirer si on est Xi Jinping ? Sans doute pas que la voie est libre à Taiwan : ce que l’Amérique fait dans son arrière-cour, elle ne le permettrait pas nécessairement en Asie. La leçon serait plutôt que la Chine n’est pas encore prête à la confrontation et doit continuer à s’armer…

En privilégiant l’usage de la force sur le droit, Donald Trump a donné le coup de grâce à l’ordre international hérité de la Seconde guerre mondiale. La suite reste à écrire : elle ne sera ni pacifique, ni équitable. Il ne sera facile à aucun pays ou aucun peuple de résister au chef de la première puissance mondiale, qui a actuellement la volonté et les moyens d’imposer sa loi au reste du monde.

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L'équipe

  • Journaliste, chroniqueur géopolitique à France Inter
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