Manifestante aux couleurs de l’Iran, en soutien aux manifestants iraniens, hier à Paris. Des manifestations de soutien ont lieu dans de nombreux pays. ©AFP - Kiran RIDLEY / AFP
Publicité

Alors que la répression sanglante s’abat sur les manifestants iraniens, Donald Trump hésite après ses promesses d’intervention. Mais il n’est ni facile, ni forcément souhaitable, d’intervenir militairement de l’extérieur pour soutenir des manifestants. Voici les termes du débat.

Donald Trump hésite. Et on le comprend. Alors que la répression la plus brutale s’abat sur les Iraniens, avec des centaines, peut-être des milliers de mort – le black-out d’internet rend plus difficile d’être précis –, le président américain est face à sa promesse de venir en aide aux manifestants iraniens. Il étudie des plans d’attaque mais n’a pris aucune décision, dit-on à Washington.

Publicité

Mais comment être efficace dans un pays comme l’Iran, en ces temps de soulèvement populaire ? Et d’abord, faut-il intervenir ? Certains Iraniens parmi les plus engagés s’y opposent : comme le cinéaste Jafaar Panahi, palme d’or à Cannes l’an dernier, plusieurs fois condamné en Iran, qui est contre une intervention américaine : « le changement doit venir de la volonté du peuple à l’intérieur », dit-il.

Les arguments contre une action extérieure, américaine ou israélienne, sont multiples

D’abord, bien sûr, les précédents comme la Libye, où l’OTAN est intervenue en 2011 pour empêcher un massacre à Benghazi, et a déstabilisé le pays et la région.

Mais il y a aussi le mode d’intervention : peut-on aider des manifestants par des bombardements aériens, même des attaques ciblées sur la hiérarchie du régime ? Ne risque-t-on pas de faire le jeu du régime en légitimant son discours sur la « main de l’étranger » ? Ou pire encore, de plonger le pays dans un chaos qui aggraverait le sort de la population. Ces questions ne peuvent être balayées d’un revers de la main, quelle que soit la volonté de venir en aide aux manifestants.

Parmi les arguments en faveur d’une intervention, il y a d’abord l’assistance à peuple en danger : il est insupportable de voir des citoyens se faire abattre pour avoir simplement revendiqué dans la rue. L’impuissance est une motivation forte.

Mais il y a aussi chez certains le sentiment que le régime des mollahs, en place depuis plus de quatre décennies, peut tomber si on l’y aide. Il y avait déjà chez le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou un désir de « regime change », de changement de régime, dans la « guerre des douze jours » de juin dernier. L’objectif reste le même, abattre un régime qui a semé la terreur à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Iran.

Une partie des Iraniens, en particulier dans la diaspora, à l’image de Reza Pahlavi, le fils du dernier Shah d’Iran, adhère à ce discours car elle y voit la seule chance de renverser un régime qui se maintient par la force. Plusieurs soulèvements précédents ont été écrasés dans le sang, et celui-ci pourrait subir le même sort. On voit bien que ce discours crée chez Donald Trump la tentation de l’action.

À écouter

2 min

Plusieurs hypothèses d'intervention sont à l’étude

Mais le scénario de Caracas, une opération de commando qui s’emparerait du Guide Ali Khamenei, semble improbable, même si Israël a montré l’an dernier sa capacité à pénétrer le système iranien.

Pas question non plus d’envoyer un corps expéditionnaire en Iran comme Bush l’avait fait en Irak en 2003 : ce n’est pas le mode d’intervention de Trump qui veut éviter de s’enliser, il préfère les actions fortes mais brèves, et donc limitées comme au Venezuela où il a maintenu en place le régime décapité.

Mais on en revient toujours à la question de fond : comment aider ces manifestants légitimes confrontés à une répression impitoyable ? Si l’action militaire n’est ni efficace, ni souhaitée, et que des sanctions sont déjà en place, que reste-t-il ? C’est tout le dilemme des témoins impuissants que nous sommes.

À écouter

L'équipe

  • Journaliste, chroniqueur géopolitique à France Inter
pixel