Dans mon rétroviseur cette semaine, le débat sur le traité de libre-échange met de côté, volontairement ou pas, les conséquences climatiques des baisses des droits de douane. Hausse de la déforestation, des émissions de CO₂, des pesticides, cet accord n'est pourtant pas neutre pour notre planète.
- Célia Quilleret, journaliste Environnement à France Inter
Quel impact du traité signé avec le Mercosur sur la forêt amazonienne ? Alors que le thermomètre mondial bat des records, est-ce bien le moment d’intensifier le commerce mondial ?
Alors que ce traité doit être signé ce samedi au Paraguay, entre l’Europe et les pays d’Amérique du Sud, les conséquences environnementales sont trop peu abordées dans le débat public, et politique. On peut le regretter !
Qui dit "Mercosur" dit importation supplémentaire en Europe de viande bovine, de poulet ou de soja du Brésil ou du Paraguay. Or qui dit bœuf en Amérique du Sud dit déforestation. Dans l'Amazonie, 60% de la coupe de forêt sont dus au pâturage.
En 2020, le gouvernement français avait commandé un rapport à l’économiste Stefan Ambec, directeur de recherches à l'Inrae, à la Toulouse School of Economics. Il le disait déjà : la signature du Mercosur entraînera 5 % de déforestation en plus par an pendant 6 ans.
Un grignotage au long cours peut être pas énorme mais loin d'être négligeable. Or cette alerte semble avoir été oubliée.
Des pesticides interdits dans nos assiettes ?
Un chiffre m’interpelle : sur 500 pesticides utilisés en Amérique latine, 30 % sont interdits en Europe selon Julien Rivoire de Greenpeace. Nous risquons d'en retrouver encore plus dans nos assiettes.
Car l’Europe n’a pas la main sur les techniques agricoles des pays du Mercosur. Impossible de contrôler les produits qui arrivent chez nous.
Quant aux gaz à effet de serre, la Commission européenne, dans son étude d’impact, a minoré les effets. Elle parle de 10 millions de tonnes de CO₂ en plus par an, moins d'1 % des émissions françaises. Pas affolant ?
Mais elle a tout simplement oublié d’évaluer les conséquences climatiques du transport de marchandises entre l’Europe et l’Amérique du Sud. Des bateaux qui transportent les voitures dans un sens ou du bœuf dans l’autre. Pire, elle a même omis, sciemment ou pas, de compter les émissions de CO₂ dues à la déforestation. L'économiste Stefan Ambec se dit "effaré".
Est-ce que les opposants se mobilisent encore, au-delà des agriculteurs ?
Oui car il y a un angle juridique. 140 députés européens vont saisir la Cour de justice de l’Union européenne. Pour eux, la commission n’a pas le droit de passer en force et d’appliquer un traité de libre-échange qui n’a pas été ratifié par tous les pays.
Christophe Clergeau, député socialiste européen, nous le rappelle, le CETA, par exemple, avec le Canada avait bien été signé par tous les États membres !
Quant aux ONG, elles vont tenter de se faire entendre même si elles n’ont pas la même force que les tracteurs des agriculteurs !
À écouter
Dans mon viseur, la France a-t-elle soif de pétrole ?
Une question va nous occuper dans les prochains jours : la France va-t-elle relancer la recherche de pétrole et de gaz en outre-mer ?
Les sénateurs examineront ce sujet le 29 janvier. La proposition de loi soutenue par Emmanuel Macron vise surtout le pétrole au large de la Guyane. Il s'agit d'explorer d'éventuels futurs gisements. Même si les trois dernières années ont été les plus chaudes de l’histoire, selon les derniers bulletins de l'institut de surveillance Copernicus, cela ne réduit pas les envies d’énergie fossile.
L'équipe
- Journaliste Environnement à France Inter
