Dans mon rétroviseur cette semaine, ce sont les appétits féroces de Donald Trump qui dominent. Le pétrole vénézuélien, puis les ressources de l'Arctique. Pourquoi le président veut-il mettre la main sur le Groenland ? Celui qui nie le changement climatique ne cherche-t-il pas à en profiter ?
- Célia Quilleret, journaliste Environnement à France Inter
Est-ce une ironie de l'Histoire ? Le président américain nie le changement climatique. Pour lui, c'est une supercherie, là je ne vous apprends rien. Mais une question peut se poser : celui qui nie ce réchauffement planétaire ne voudrait-il pas, finalement, en tirer des bénéfices, des richesses ?
Certes, l'envie de Groenland ne date pas d'hier aux Etats-Unis. Cette histoire a plus de cent ans. Le Danemark a bien vendu les Iles Vierges aux Américains en 1917, leurs forces armées sont déjà très présentes sur cette île de l'Arctique.
Mais le contexte climatique a changé, la planète s'est réchauffée, les pôles encore plus. La banquise fond, et cette île devient encore plus intéressante qu'avant. Que Trump le veuille ou non, la géographie de l'Arctique est en mutation, la géopolitique en dépend.
Jakob Dreyer, un chercheur de l'université de Copenhague, l'assure, "l'armée américaine étudie depuis longtemps les effets du changement climatique dans l'Arctique, il accroît l'importance de cette région, Groenland compris".
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Une trentaine de minerais stratégiques, une nouvelle route maritime
D'abord, le sous-sol groenlandais peut apparaître comme un trésor. Ensuite, avec la fonte des glaces, une nouvelle voie s'ouvre dans l'Arctique. La route maritime du nord essentielle pour relier l'Asie à l'Europe, sans passer par le canal de Suez.
Pour les Etats-Unis, pas question de la laisser aux Russes en particulier.
L'Arctique est sous pression climatique et géopolitique. Ces tensions ne sont accrues ces dernières années.
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Au Groenland, les habitants entre inquiétude et consternation face aux menaces de Trump
Le Zoom de France Inter
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L'Europe simple spectatrice ?
L'Europe assiste, quasi impuissante, à un combat de prédateurs. Olivier Poivre d'Arvor, représentant français des pôles, le regrette, "il n'y a plus vraiment de gouvernance en Arctique". "Je n’arrive pas à convaincre l’Union européenne d’avoir une stratégie arctique digne de ce nom", regrette-t-il. D'ailleurs, "Emmanuel Macron est le seul à être allé au Groenland en juin", ajoute-t-il.
Or dans ce grand Nord qui fond, c'est la course aux ressources énergétiques qui domine, pas la course contre le changement climatique.
Une course des géants où l'on risque tous d'être perdants. Car si ces grandes puissances en profitent pour puiser du gaz, du pétrole, la planète se réchauffera encore plus.
Cercle vicieux au cercle polaire.
Seul bémol, apporté par l'économiste Patrice Geoffron, "si le sol groenlandais contient une trentaine de minerais critiques, il est bien difficile à exploiter". Pas certain selon lui que cette course folle soit si réalisable, rentable.
Tout cela pour quoi alors ? Juste pour planter un drapeau américain sur un endroit sensible de la planète, comme on planterait un drapeau sur la Lune ?
Cela fait froid dans le dos.
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Dans mon viseur, les pesticides au tribunal
Un gros trafic de pesticides sera examiné par le tribunal de Marseille à partir de lundi. Trois tonnes et demie de produits interdits ont été importés d'Espagne pendant plus de 6 ans. Entre 2018 et 2024.
Les ONG France nature environnement et Générations futures se sont portées parties civiles avec la Confédération paysanne. Des tonnes de fruits et légumes ont été contaminés, une affaire de santé publique.
L'équipe
- Journaliste Environnement à France Inter


