Une enquête publique s'achève au sujet d'un projet d'usine qui fait beaucoup parler en Gironde : installer sur les bords de Garonne, en pleine zone inondable, une raffinerie de nickel et de cobalt pour produire des batteries électriques. Une installation qui présente de nombreux risques...
C'est un projet qui illustre les paradoxes de la transition écologique, en Gironde. Nous sommes à 10km au nord du centre-ville de Bordeaux, pile entre les communes de Blanquefort et Parempuyre, juste au bord de la Garonne. Un immense terrain d’espaces naturels et de terres agricoles, et c’est là qu’une usine de transformation de nickel et de cobalt, pour produire 400.000 batteries électriques par an pour le marché automobile européen, pourrait s’implanter au printemps 2028.
Alors vous vous dites peut-être "formidable, une industrie en France pour la transition énergétique", comme François Bayrou qui juste avant de partir de Matignon en septembre l’a classé comme "projet d’intérêt national majeur" mais tout le monde n’est pas de cet avis. C’est devenu un très gros sujet de débat et l’enquête publique se termine ce jeudi soir.
Risques de pollution dans la Garonne
Débat sur les risques d’abord : l’usine est classée Seveso seuil haut, c’est le niveau le plus élevé de risque d’accident industriel majeur, le nickel et le cobalt sont des substances hautement toxiques, et solubles dans l’eau, donc si ça part dans la Garonne, pollution… mais pollution invisible.
Le site est également en pleine zone inondable.
Et enfin le Conseil national de la protection de la nature a émis un avis défavorable vu la présence d'espèces rares.
Débat sur la méthode, ensuite : l’association Sepanso Gironde dénonce "une prise en force", car ce statut d’intérêt national majeur permet à l’Etat de prendre directement la main sur les autorisations, sans passer par les élus locaux… Elle a déposé un recours devant le Conseil d’Etat.
Le préfet aura le dernier mot
Réponse du porteur de projet : les 24 hectares d’installations seront rehaussés par un remblai. Le patron de la société EMME, Electro Mobility Materials Europe, détenue par un fonds suisse, camarade d’Edouard Philippe à l’ENA et notamment ancien dirigeant d’entreprises d’extraction de nickel et de cobalt en Nouvelle-Calédonie, assure que les pires scénarios ont tous été pris en compte.
Son usine permettra d’économiser 1,6 millions de tonnes de CO2 par an par rapport à une production de batteries électriques en Chine. Une industrie dite « verte », qui lui permet de toucher 150 millions d’euros d’argent public sur les 530 millions que devrait coûter le projet. Et, il promet 200 emplois directs, plus 300 prestataires.
C'est donc le préfet qui dira oui ou non, pour que le chantier commence dès cet été, mais il doit attendre les résultats de l’enquête publique.
En n’oubliant pas un dernier risque, rappelé par la Sepanso : le trio nickel-manganèse-cobalt dans les batteries n'intéresse plus les constructeurs, c’est la technologie lithium-fer-phosphate qui marche, car moins chère… Un risque financier pour l’usine. C’est peut-être le seul qui sera pris au sérieux.
L'équipe
- Journaliste et chroniqueuse de radio française
