Dans "L'Œil de..." du vendredi 16 janvier 2026 : le récit heure par heure de la répression sanglante des manifestations iraniennes, l'Europe de plus en plus divisée et le recours des Français aux voyantes.
« Nous manifestons pour mieux vivre, pas pour mourir », c’est une parole rare. Celle d’un journaliste iranien qui raconte les massacres du régime contre sa population… Dans Libération, il dit : « Le silence total a duré 120 heures, un black-out quasi total, pour tenter de dissimuler ce que beaucoup décrivent comme la répression et le carnage les plus violents des presque 50 années d’existence de la république islamique… » Ce journaliste iranien, dont on ne sait pas le nom, dit les cadavres empilés les uns sur les autres, les familles de disparus désespérées, ces rues transformées en champ de bataille, ces tirs à balle réelle dans la foule, et sur le bitume, ces reliques brillantes, morbides : ces minces filets de sang qui coulent le long de l’asphalte et qui sèchent à l’air libre.
C’est un journal de bord que nous propose Libération…
Ce jeudi 8 janvier marque une rupture : les manifestations jusque-là éparses, spontanées, prennent de l’ampleur… Mais depuis l’étranger, des figures de l’opposition soutiennent les rassemblements. Étrangement, Téhéran se vide ce jour-là. Rendez-vous à 20 h. Chacun se prépare, personne ne s’attend à cette foule, habillée de noir, à ce slogan « mort au dictateur, mort à Khamenei ». À 20 h, on coupe. Plus de réseau. Plus d’Internet. C’est la « bataille finale » lirez-vous. Téhéran, Shiraz, Rascht, Bouchehr, Ispahan, Mashhad, Kish…
Partout, les rues grouillent, les slogans résonnent.
Ramin, un lycéen de 17 ans de l’est de Téhéran, hurle : « nous manifestons pour mieux vivre, pas pour mourir ». Moins d’une heure plus tard, il est abattu. Il faudra deux jours pour retrouver son corps. Dans les jours qui suivent, c’est l’escalade. Internet est toujours coupé, le black-out rend toute coordination impossible… Mais les menaces du régime qui traitent de « terroristes » les manifestants galvanisent.
C’est là que le régime bascule
Les rues deviennent des pelotons d’exécution, des zones de mise à mort. Yalda, 28 ans : « En un instant, des gens sans défense se sont retrouvés coincés et les forces de sécurité ont commencé à leur tirer dessus. Des plombs, des balles réelles, à très courte distance. Et ils visaient uniquement la tête et le haut du corps, pour tuer ». Les dépouilles sont transportées dans des camions frigorifiques, des semi-remorques dans les services de médecine légale. « Sans exagérer, il y avait 2000 corps au sol, et c’était tellement chaotique et bondé qu’on nous a dit de chercher nous-mêmes dans le tas ». « Dans un hôpital, des agents ont fait irruption pour voir si des manifestants blessés étaient encore en vie, s’ils en trouvaient un vivant, ils l’exécutaient ». Les familles se voient réclamer 5 000 € pour récupérer les corps. Akbar, boulanger de 65 ans, a perdu trois de ses quatre enfants dans les manifestations. On lui demande 15 000 € pour récupérer les dépouilles. Il gagne 275 € par mois. En additionnant les chiffres des hôpitaux, les témoignages, de source directes et indirectes, une première estimation émerge : 10 000 morts. Ce black-out n’est pas seulement un outil de contrôle sécuritaire, lirez-vous dans Libération, c’est un moyen pour effacer, empêcher que l’on voit, que l’on sache, qu’on transmette…
Dans son éditorial, Hamdam Mostafavi exhorte : « Il ne faut pas oublier le carnage ». Donald Trump lui a déjà oublié, et endosse le qualificatif de "terroriste" donné par le régime de Téhéran aux manifestants. Les pays du Golfe, craignant un chaos régional en cas de bombardement américain en Iran, ont convaincu les États-Unis de ne pas frapper, au moins à court terme. « Les Iraniens sont plus seuls que jamais » … Et nous, abasourdis. Sidérés.
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Et L’Europe ?
L’Europe vacille… Et l’Allemagne s’interroge sur l’avenir du projet européen. Vous le lirez dans le journal Le Monde. Entre la progression des parties nationalistes, la guerre en Ukraine, les atermoiements face aux attaques de Donald Trump, les Allemands doutent… L’Europe, peut-elle être autre chose qu’un espace économique ? « La fin de l’UE n’est plus un tabou », analyse l’essayiste Sabine Rennefanz dans le Spiegel. « L’Union est à bout de souffle, profondément divisée face au nouvel impérialisme des États-Unis et de la Russie… » Même le chancelier, Friedrich Merz, qui portait pourtant un nouveau souffle pour l’Europe à son arrivée au pouvoir, la joue solo : « Si vous ne voulez pas de l’Europe, faites au moins de l’Allemagne votre partenaire », a-t-il soufflé à Donald Trump en décembre…
Il faut dire que les velléités allemandes sont aussi douchées par l’impasse française. L’affaiblissement d’Emmanuel Macron, l’opposition de la France au Mercosur entre autres, ont douché Berlin. Dans le Süddeutsche Zeitung, on va jusqu’à prédire la chute de l’Europe dès l’année prochaine, après la victoire annoncée de partis populistes et eurosceptiques en France et en Pologne…
Mais est-ce certain ? Rien n’est jamais certain. L’histoire n’est jamais écrite. Dans le hors-série, le bilan du monde, vous lirez, l’avant-propos de Gaidz Minassian, qui nous dit que « le défaitisme n’est jamais un bon allié. Croire que les populismes l’ont déjà emporté ou que les tentations de repli servent la paix et la sécurité serait une erreur, dit-il. Sans naïveté, ni aveuglement, plusieurs signes témoignent que le cours de l’histoire n’est pas irréversible ».
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Alors peut-être faudra-t-il questionner les devins de TikTok ?!
Dans Le Nouvel Obs, vous lirez, qu’il est très facile de consulter des voyant sur le réseau social chinois… Parfois, on ne voit même pas leur visage… Juste leurs mains battre des cartes… Les questions des internautes fusent : « Bonjour, Mathilde, 30 ans. Vais-je réussir à guérir de mon anxiété s’il vous plaît ? » « Bonjour, Jeanne, 25 ans. Est-ce que je vais tomber enceinte prochainement ? » Après avoir vérifié que le paiement PayPal est bien effectif, la voyante se lance : « Concentre-toi très fort sur ta question pendant que je me connecte à toi. On me dit que ce sera pour le printemps prochain. Tiens-moi au courant ma bichette ça va le faire ».
L’intérêt des Français pour les parasciences augmentent depuis 40 ans… Plus d’un quart, selon un sondage IFOP ont consulté un spécialiste au moins une fois au cours de leur vie. On compte 100 000 professionnels, selon l’institut national des arts divinatoires… Une association qui rassemble des voyants qui souhaitent moraliser la profession et lutter contre les abus et les escroqueries… Selon son président, « 90 % des professionnels qui se revendiquent voyants sur TikTok sont des charlatans, des affairistes, des illuminés… » Pas dit que nous soyons rassurés par l’avenir en lisant le futur dans les cartes… ni dans les journaux.
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