Le roi Mohammed VI et son fils Moulay Hassan le 11 Novembre 2018 au Palais de l'Elysée ©Getty - Aurelien Meunier
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Les apparitions de Mohammed VI se raréfient, nourrissant les doutes sur l’état de santé du roi. Son absence remarquée à la Coupe d’Afrique des Nations, organisée au Maroc, relance les spéculations sur sa capacité à gouverner et sur une succession qui divise, au palais comme au-delà.

Avec
  • Thierry Oberlé, journaliste indépendant spécialiste du Maghreb et du Proche-Orient

Ce silence prépare-t-il une transition maîtrisée ou ouvre-t-il une zone d’incertitude pour l’avenir de la monarchie marocaine ? Pour en parler, nous recevons Thierry Oberlé, journaliste indépendant, spécialiste du Maghreb et du Proche-Orient, ancien grand reporter au service international du Figaro, il vient de faire paraitre Mohammed VI, Le mystère, le 14 janvier 2026 chez Flammarion.

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Un roi insaisissable et une gouvernance en retrait

Thierry Oberlé décrit Mohamed VI comme un souverain dont le mystère est en grande partie construit par le silence. Dès le début de son règne, le roi choisit de limiter drastiquement sa parole publique, allant jusqu’à cesser presque toute interaction avec les médias internationaux. Contrairement à son père Hassan II, figure omniprésente et charismatique, Mohamed VI apparaît comme un homme « timide, très réservé publiquement », dont les rares apparitions nourrissent rumeurs et spéculations, notamment sur son état de santé. Amaigrissement spectaculaire, déplacements difficiles, absences prolongées : autant d’indices qui alimentent les interrogations, dans un contexte où « la santé du roi est le secret le mieux gardé du royaume ».

Cette mise en retrait s’accompagne d’un effacement progressif dans la conduite quotidienne des affaires. Le biographe insiste sur le rôle central du Makhzen, cette technostructure de conseillers issus de l’élite royale, qui gouverne dans la continuité. Mohamed VI conserve un rôle d’impulsion stratégique, mais délègue largement l’exécution du pouvoir. Son attrait pour l’ailleurs, ses longues absences du territoire marocain et la mise en avant croissante de son fils, le prince héritier, renforcent l’idée d’une monarchie où la figure royale demeure symboliquement centrale mais politiquement distante.

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Bilan contrasté et usage stratégique du pouvoir

Le bilan du règne apparaît profondément ambivalent. Présenté à ses débuts comme le « roi des pauvres », Mohamed VI a d’abord incarné une attention aux questions sociales, avant que cette image ne s’érode. Thierry Oberlé souligne un contraste frappant entre l’enrichissement personnel du souverain et une économie marocaine qui, malgré une modernisation visible des grandes métropoles, « n’a ni réellement progressé ni régressé » sur le continent africain. Derrière la vitrine du « Maroc utile », persistent des inégalités structurelles et une stagnation économique relative.

Sur le plan international, le roi a cependant su user avec efficacité de certains leviers de pouvoir. La question migratoire devient ainsi « une arme diplomatique », utilisée pour peser sur les relations avec l’Espagne et, plus largement, avec l’Europe. De même, sur le dossier du Sahara occidental, Mohamed VI a fait preuve d’un sens aigu de l’opportunité géopolitique, s’alignant rapidement sur les positions de l’administration Trump. Si le roi impulse les grandes orientations, ce sont néanmoins ses conseillers et les élites du système qui gouvernent au quotidien, souvent « pour leurs propres intérêts », dessinant les contours d’un pouvoir monarchique à la fois centralisé, opaque et stratégiquement pragmatique.

  • Mohammed VI, Le mystère, Thierry Oberlé, Flammarion

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