Aujourd'hui, notre invitée, la philosophe et académicienne Barbara Cassin, a choisi d'évoquer le poème des poèmes, celui qui nous entraîne vers l'ailleurs des Cyclopes et des Sirènes, de l'île de Calypso au royaume des morts, mais qui reste le poème du retour chez soi : "L'Odyssée" d'Homère.
- Barbara Cassin, philosophe, philologue, académicienne et directrice de recherche au CNRS
Barbara Cassin a décidé de parler de L'Odyssée, car c'est le premier texte grec qu'elle a eu entre les mains : "j'ai un souvenir de récitation de vers dans le métro en allant au lycée. Le son et le sens dans les grands textes sont appareillés, et je me souviens de cette joie de comprendre que quand on parle, ça fait de l'effet".
Qu'est-ce qui fait un homme ?
L'Odyssée commence par un appel de la Muse : "c'est elle qui donne les mots. Le cosmos existe, mais il n’est tel que parce qu’il y a en même temps une doublure divine de ce monde. Et les mots viennent de cette doublure-là." Ce qui correspond aussi à l'exercice de la traduction, que Barbara compare au geste de "retourner une soie brodée : le dessous n'est pas comme le dessus, et pourtant, c'est la même chose".
Tout ce texte est donc, au-delà d'un récit d'aventure, un jeu sur la langue : Barbara Cassin perçoit ainsi dans l'épisode du Cyclope l'invention du signifiant, puisqu'en se présentant comme "Personne", Ulysse se définit comme rusé, et se nomme ainsi tout en prétendant ne pas donner son nom. "Ulysse existe par le biais d'un jeu de mot." Ulysse définit donc son être par son nom, puis éprouve la fermeté de son attachement à son identité en se confrontant aux Sirènes : "les Sirènes lui parlent de ses exploits, donc il s'entend dire qui il est, soit ce qu'il sait sans le savoir - ce qui ressemble à la psychanalyse".
"On ne sait pas si Ulysse est un sale petit bourgeois, comme le prétendent Adorno et Horkheimer, ou l'être par excellence de la double nostalgie."
"Céline, ce n'est pas pour moi"
Barbara Cassin rejette Céline pour sa misogynie, pour son antisémitisme : "Céline, c'est tout ce que m'ont interdit mes parents. Pourtant, je sais que c'est un auteur magnifique, je suis allée voir sa maison, je sais que c'est intéressant, mais ce n'est pas pour moi. J'ai une parade, c'est que je m'endors en le lisant."
Extraits sonores :
- Lecture par Barbara Cassin du Chant I, 1-5 de sa traduction de L'Odyssée d'Homère
- Extrait de l'Odyssée, adaptation radiophonique du 11 novembre 1956, “Le sillage des ondes”, chaîne nationale
- Extrait de l'adaptation radiophonique Les Aventures d'Ulysse, 7ème épisode, datant du 25 juin 1954, Paris Inter
- Lecture par Barbara Cassin du Chant XXIII, 153 -209 de sa traduction de L'Odyssée d'Homère
- J'me déteste, chanson de Vitaa
L'équipe
- Productrice de l'émission "le Souffle de la pensée" sur France Culture
- Réalisation
- Collaboration
