Le co-créateur, scénariste, producteur exécutif et acteur britannique Stephen Graham (à droite) et l'acteur britannique Owen Cooper assistent à l'événement ATAS (Academy of Television Arts & Sciences) de Netflix consacré à la série "Adolescence" en Californie, le 27 mai 2025. ©AFP - Chris Delmas
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L’acteur britannique Stephen Graham, créateur de la série "Adolescence", avait lancé un appel aux pères du monde entier pour lui faire parvenir des lettres écrites à leurs fils sur leur vision de la masculinité et les publier dans un recueil. L’un d'eux témoigne.

"Cher Oliver. J’ai souvent rêvé qu’on puisse s’asseoir ensemble, boire une bière, et te dire tout ce que je vais t’écrire ici. J’espère qu’on le fera un jour. Mais comme tu n’aimes pas parler de ce que tu ressens, j’ai préféré tout mettre par écrit. Tu pourras la garder, la relire, réfléchir à ce que je dis, et j’espère que ça te réconfortera".

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"Je veux qu’il sache que c’est une bonne chose d’être sensible"

Cette lettre à son fils de 24 ans, Matt y pensait depuis longtemps. Quand il a découvert le projet de Stephen Graham sur les réseaux sociaux, l’ancien officier du renseignement militaire britannique, âgé de 50 ans, a pris la plume et posté l’enveloppe depuis son village des Midlands au centre de l’Angleterre : "Mon fils est assez réservé, il ne parle pas beaucoup de ses sentiments. Il est exactement comme moi à son âge. J’ai essayé de lui dire tout ce que j’aurais aimé qu’on me dise, mais sans lui dire quoi faire. Lui montrer à quel point je le soutiens, à quel point il est incroyable. Je veux qu’il sache que c’est une bonne chose d’être sensible, que ce n’est pas une faiblesse. Et surtout, qu’il puisse s’exprimer en tant qu’homme, sans être jugé. Quelque part, c’est une lettre que j’ai aussi écrit à moi-même ".

Une lettre qu’il aurait aimé recevoir de son père :"Je n’ai plus parlé à mon père depuis mes 14 ans. Bon sang ! J'avais 49 ans quand il est mort. Et ces deux dernières années, j’ai appris à le connaître. On a eu faux tous les deux. J’ai vu ses faiblesses, sa culpabilité. Et si j’avais su ça quand j’étais plus jeune, peut-être que je n’aurais pas été aussi dur avec lui. Je l’ai repoussé parce que je pensais qu’il ne me comprenait pas. Mais en réalité, c’est moi qui ne le comprenais pas. Et mon fils est un peu pareil que moi. Moi aussi, j’ai ma manière de voir les choses, et je fais des erreurs".

Matt n’a pas informé son fils de l’existence de cette lettre, il attend la publication du livre, intitulé "Lettres à nos fils" en octobre prochain pour lui remettre exemplaire manuscrit. L'appel à contribution prend fin ce lundi 12 janvier.

Comme beaucoup de Britanniques, il a été très marqué par la série Adolescence diffusée sur Netflix en début d’année. La série a déclenché un tel débat public en Angleterre sur la masculinité toxique que le Premier ministre Keir Starmer a proposé son visionnage dans toutes les écoles du pays : "Cela ne peut pas être une discussion uniquement entre jeunes. Cela doit être un échange entre les jeunes et les adultes, et cela doit être une conversation à double sens. Il faut qu’on les écoute, sur ce qu’ils nous disent à propos de l’estime de soi, du respect de soi ".

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"Adolescence" sur Netflix : la forme et le message

Le Regard culturel

3 min

Depuis l’école tente de prendre le contrepied de ce qu’elle définit comme la "manosphère". En décembre le gouvernement a annoncé que les enseignants allaient recevoir une formation pour repérer et combattre le sexisme à l’école, aborder avec les élèves des sujets tels que le consentement et les dangers liés au partage d'images pornographique, comme l’explique Jess Phillips la secrétaire d'État chargée de la protection des victimes : "Il s’agira de programmes spécialisés et ciblés destinés aux enseignants, aux parents ou aux enfants eux-mêmes qui identifient des comportements problématiques, notamment dans leurs relations. Par exemple, une adolescente pourrait se confier à un enseignant et dire qu’un garçon de l’établissement a tenté de la contrôler, ou bien ils pourraient constater des comportements misogynes envers les enseignants – un problème bien réel, selon les syndicats d’enseignants ".

Dès la rentrée prochaine des cours obligatoires seront consacrés à la lutte contre le sexisme en ligne, les stéréotypes de genre et la culture "incel",  dans tous les collèges et lycées du pays.

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