Jane Goodall ©Radio France
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Jane Goodall, éthologue et anthropologue, est l'invitée d'honneur de ce nouvel épisode. Emblème de la protection animale grâce à ses travaux sur les chimpanzés, elle parcourt la planète pour sensibiliser et convaincre de la nécessité d'agir pour une alliance entre les humains et la nature.

Avec
  • Jane Goodall, éthologue et anthropologue britannique
  • Béatrice Kremer-Cochet, naturaliste, photographe, experte au Conseil Scientifique Régional du Patrimoine Naturel, Vice-Présidente de "Forêts Sauvages", co-auteure, avec Gilbert Cochet de : "L'Europe réensauvagée : Vers un nouveau monde" (Actes Sud, 2020)
  • Gilbert Cochet, naturaliste, attaché au Muséum national d'histoire naturelle, expert au Conseil de l'Europe, président du Conseil scientifique de la réserve naturelle des Gorges de l'Ardèche.

L'éthologue et anthropologue britannique Jane Godall est décédée le mercredi 1ᵉʳ octobre 2025 à l’âge de 91 ans. En hommage, nous vous proposons de réécouter cette émission du 29 octobre 2024.

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Dans ce dernier épisode de la série "Écologie : des voix internationales pour la planète", rencontre avec Jane Goodall, éthologue et anthropologue, icône de l'environnement et de la vie animale. Après avoir passé des décennies à observer les chimpanzés, elle continue de parcourir la planète pour sensibiliser, interpeller et convaincre de la nécessité d'agir pour une alliance entre les humains et la nature. Messagère de la paix auprès de l'ONU depuis 2002, elle fut nommée pour le prix Nobel de la paix en 2019.

En deuxième partie, Aurélie Luneau reçoit les naturalistes Béatrice Kremer-Cochet et Gilbert Cochet, auteurs du livre L'Europe réensauvagée (Actes Sud), fondateurs de l 'association Forêts Sauvages et des réserves de vie sauvage, de l'ASPAS - association pour la protection des animaux sauvages. Ensemble, ils parcourent la France, l'Europe et le monde depuis plus de vingt ans à la recherche des écosystèmes sauvages les mieux préservés.

À écouter

13 min

Jane Goodall, la passion des chimpanzés

En 50 ans, on constate que la population des grands singes a chuté de 70% et on prévoit d'ici à 2030 que leur nombre sera divisé par deux par rapport à 1970. Les chimpanzés sont sur la liste rouge de l'UICN, ce sont des espèces en danger. Et pourtant, ce sont des êtres reconnus aujourd'hui pour leur capacité cognitive exceptionnelle, doués d'intelligence, d'émotion, mais malmenés par l'espèce humaine. Comment sommes-nous arrivés à ce résultat ?

Partout dans le monde, nous dit Jane Goodall, on assiste à la destruction des habitats naturels. Les humains empiètent de plus en plus sur les habitats des animaux. Elle évoque le commerce de la viande de brousse, aussi : "On chasse des animaux sauvages pour les manger. Et pire que tout, il s'agit du trafic des animaux sauvages, et ça, partout dans le monde. On tue les mères des chimpanzés pour prendre les petits et puis les envoyer partout dans le monde pour servir d'animaux domestiques ou presque, de jouets. Voilà ce qui explique la diminution drastique de ces populations, en plus de la destruction de leur habitat."

À écouter

Jane Goodall, une voix pour les chimpanzés

La Marche des sciences

59 min

Contre "l'arrogance des humains"

Jusque dans ses méthodes de travail, Jane Goodall refuse de réifier les animaux sur lesquels elle travaille, ce qui lui vaudra des reproches de la part de ses pairs. "En 1962, cela faisait deux ans que je passais mon temps à observer les chimpanzés. Je me suis rendue à l'université de Cambridge en Angleterre. Et ils m'ont dit que je n'aurais pas dû donner des prénoms aux chimpanzés, mais des numéros. Je ne devais pas parler de leur personnalité, de leur esprit, de leurs émotions, parce que tout ça, c'était le propre de l'humain, m'a-t-on dit. Et je ne pouvais pas avoir de l'empathie pour les chimpanzés, sinon je n'étais pas objective, et la science doit être objective. Mais heureusement, j'ai appris, dès l'enfance d'ailleurs, que tout ça, c'était complètement bidon, et cela, je l'ai appris auprès de mon chien, Rusty."

L'Institut Jane Goodall, fondé en 1977 pour promouvoir la recherche, l'éducation et la conservation de la faune, travaille avec des jeunes pour essayer de comprendre autant que possible la nature et contrer l'éloignement de l'homme avec le milieu naturel. "Progressivement, la science a commencé à intégrer ces notions, à changer, mais tout cela partait de l'arrogance des humains, la conviction qu'ils ont d'être distincts du royaume du règne animal. Et on est de plus en plus dissociés de la nature, on vit dans les villes, on vit dans des réalités virtuelles de plus en plus. Et voilà pourquoi l'Institut Jane Goodall travaille avec des jeunes, notamment dans le programme "Roots and Shoots" - Des racines et des pousses - pour essayer de comprendre autant que possible la nature".

Des singes à l'homme

Constatant la détresse des communautés humaines vivant à proximité des habitats de chimpanzés, Jane Goodall a mis en place le programme "Take Care" : elle remarque "une misère crasse, un manque de services de santé, d'éducation, la dégradation des sols à cause de la surexploitation agricole et de ces communautés humaines avançant de plus en plus sur les forêts". Il fallait aider les populations à subvenir à leurs besoins sans pour autant dégrader leur environnement, puisque ce dernier facteur était aussi en partie la cause de leur mauvaise condition. "Take Care" avait pour enjeu la "conservation" : "On a commencé avec des petits groupes de gens, de locaux, pas des blancs arrogants qui allaient en surplomb expliquer aux gens comment améliorer leur existence."

Créer des sanctuaires de biodiversité

L'héritage des positions de Jane Goodall en faveur de la nature et de la biodiversité se traduit depuis des années par le rachat ou la récupération de domaines laissés en libre évolution. Gilbert Cochet, naturaliste, évoque l'un de leurs domaines acquis, celui du Trégor dans les Côtes-d'Armor, depuis 2013 - et qui s'appelle désormais le domaine Jane Goodall : "une zone forestière humide, l'équivalent de 60 terrains de football, libérée de tout impact humain, et interdite surtout à la chasse et à la pêche. Un sanctuaire surveillé avec notamment des caméras et des bénévoles - ces sentinelles des lieux qui arpentent régulièrement ces terres transformées en réserves".

Pour qu'un écosystème puisse être résilient et fonctionner de manière autonome, il faut la flore, qu'on a tendance un petit peu à oublier, rappelle Béatrice Kremer-Cochet, alors qu'elle est la base de l'alimentation de tout l'écosystème. De fait, "elle permet de transformer, grâce à la lumière du soleil, la matière minérale, c'est-à-dire le CO2 de l'air et les ions minéraux qui sont dans le sol, en matière organique, en feuilles, en branches, en fleurs, en fruits. Ces derniers sont ensuite consommés par des herbivores. Pour cela, il faut qu'il y ait toutes ces composantes, des grands, moyens, petits herbivores, qui vont eux-mêmes servir de proies à des prédateurs, et notamment des grands prédateurs. Leur présence est absolument indispensable aussi, malgré toutes les controverses qu'ils peuvent soulever à proximité des zones de pastoralisme, dans un espace sauvage."

À écouter

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58 min

Ce sont des espaces ouverts au public. Avec, dans chacune des réserves de vie sauvage de l'espace, comme dans les parcs nationaux, au moins un sentier balisé. "On demande simplement aux visiteurs de bien rester sur ce sentier balisé, à la fois pour assurer des zones de quiétude pour les animaux, parce que les animaux sauvages sont comme nous, ils ont besoin d'avoir des zones où ils se sentent en sécurité. Et s'ils ont envie de vous rencontrer - sachant qu'on ne les chasse pas sur les réserves de vie sauvages, ils perdent un petit peu la crainte de l'homme."  Mais les sentiers servent aussi à préserver la flore : "Parce que, lorsque vous sortez des sentiers, d'abord, vous pouvez écraser des espèces fragiles, qui mettent très longtemps à pousser, comme certains lichens, et la deuxième chose, c'est qu'on le voit bien sur les sentiers ; à force de piétiner, il n'y a rien ou quasiment rien qui pousse, parce que vous tassez le sol. Et en tassant le sol, vous empêchez la végétation de pousser."

Traduction de l'anglais : Eve Dayre

Choix musical proposé par Jane Goodall

Félix Mendelssohn, Violin Concerto in E Minor, Yehudi Menuhin Orchestra. Compositeur : W. Furtwängler de l'Orchestre Philharmonique de Berlin.

Bibliographie

  • Le livre de l'espoir : pour un nouveau contrat social - Jane Goodall, Douglas Abrams, avec Gail Hudson, traduit par Laurence Decréau, Flammarion, 2021
  • Graines d'espoir : sagesse et merveilles du monde des plantes - Jane Goodall, avec Gail Hudson, traduit par Jean Lenglet, avant-propos de Michael Pollan, Actes Sud, coll. Questions de société, 2015
  • Nous sommes ce que nous mangeons - Jane Goodall, avec Gail Hudson et Gary McAvoy, traduit par Philippe Abry, Actes Sud, coll. Babel, 2012 (1ère ed. française : Actes Sud, 2008)
  • L'Europe réensauvagée : vers un nouveau monde - Gilbert Cochet, Béatrice Kremer-Cochet, préface de Baptiste Morizet, Actes Sud, coll. Babel, 2022 (1ère édition Actes Sud, 2020)

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