Jean Malaurie ©Radio France - https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/
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Je ne vais pas Jérôme vous parler de géopolitique mais d’expéditions polaires en Arctique, marquées en particulier par les aventures de deux grand aventuriers français, Paul Émile Victor et le défenseur du peuple Inuit Jean Malaurie, qui fit l’éloge autrefois des derniers rois de Thulé

Ne craignez rien , je n’ai pas été piqué par la mouche recoloniale du trumpisme en louchant cette semaine sur ce grand paradis blanc de l’Arctique. D’ailleurs ce n’est pas la France mais 4 fois la France, quelque deux millions de kilomètres carrés que cette étendue peuplée d’à peine 60 000 habitants, ce qui en dit long sur ces vastes espaces de solitude sans un seul arbre à l’horizon. Les temps ont bien changé depuis que le Groenland s’appelait en fait Gron land, littéralement la terre verte en danois, ainsi que la nomma au Xème siècle le célèbre chef viking Erik le rouge, pour lequel soyez encore rassuré je ne me prends pas non plus.

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Si je fais aujourd’hui un détour par cet énorme glaçon qui renferme entre autres quantités de terres rares et d’hydrocarbures fossiles, c’est pour rendre hommage à l’école française des expéditions polaires et des géographes-ethnologues qui, au lendemain de la deuxième guerre mondiale, a documenté scientifiquement ce territoire inouï ou inuiT, comme vous voulez, qui avant d’être une possession du Danemark, désormais autonome, est d’abord un extrême du monde, un blanc des cartes qui a fait beaucoup rêver. C’est ainsi que deux noms sont restés à la postérité de l’aventure polaire : ceux de Paul Émile Victor et de Jean Malaurie.

En quoi ces deux hommes ont-ils été des pionniers ?

Paul-Émile Victor fut le premier, dès 1934, à s’embarquer sur le navire du célèbre commandant Charcot, le Pourquoi Pas, pour partir à la découverte de ceux qu »’on appelait encore les eskimos. Il apprend la langue des Inuits et passionné par cette civilisation qu’il découvre, il y retourne deux ans plus tard et traverse le Groenland d’est en ouest en traineau à chien. 14 expéditions de ce genre se dérouleront ensuite entre 1947 et 1976, et PEV élargira son aire de découverte à l’Antarctique, dans la fameuse Terre Adélie.

Mais la figure qui reste plus encore associée au peuple Inuit est celle du géographe et géologue devenu ethnologue Jean Malaurie. A 28 ans seulement, il se lance à son tour dans l’aventure en traîneau à chien et va pendant une année partager la vie quotidienne mais aussi la culture et les légendes du peuple inuit, chantant sa grandeur et alertant sur les menaces qui pèsent sur son existence même. Il en tire un véritable chef d’œuvre littéraire et scientifiques à la fois, un libre total, Les derniers rois de Thulé, publié en 1955, vendu depuis à plus d’un million d’exemplaires, 5 fois réédité, traduit en plus de 20 langues. Ce fut le 1er ouvrage de sa collection mythique Terre Humaine qui accueillit le non moins mythique Tristes Tropiques de Claude Lévi-Strauss (« Je hais les voyages et les explorateurs ») et quelques chefs d’œuvre d’anthropologie sur la France : Le Cheval d’orgueil de Pierre-Jacquez Hélias ou le Horsain, vivre et survivre en pays de Caux, du père Alexandre ou encore Toinou le cri d’un enfant auvergnat.

En quoi l’héritage de Jean Malaurie, disparu en 2024 à l’âge de 102 ans, nous éclaire sur les enjeux du Groenland ?

Dès 1951, il alerte sur les agressions américaines en pleine guerre froide avec la construction sur place d’une grande base aérienne. En 1968, Il dénoncera aussi les conséquences pour le peuple inuit du crash d’un B52 dont les bombes nucléaires ont gravement pollué la banquise.

Et dans le 1 cette semaine ?

Une bonne transition avec ce numéro au titre jeu de mot : Trump de pire empire. Avec un témoignage puissant et magnifique du romancier cubain Leonardo Padura. Et une carte géopolitique à afficher chez vous ou dans ce studio sur les visées du Donald en Amérique du Sud jusqu’au Groenland.

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